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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 10:01
Joseph Melin 

La Croatie deviendra lundi le 28e membre de l’UE. Une intégration chèrement payée sur les chantiers navals privatisés, sans que l’avenir de ce fleuron industriel paraisse assuré.

«De toute manière, c’était la privatisation ou courir le risque de la faillite et du licenciement pour tout le monde. Au moins l’incertitude qui pèse sur nous depuis des années a pris fin.» Occupé à découper de longues plaques d’acier dans un hangar de prémontage, Ivica Vukucic, ouvrier au chantier naval de Split depuis onze ans, se montre fataliste. Presque soulagé, tandis que le nouveau propriétaire de Brodosplit, l’entreprise DIV, entend réduire les effectifs à 2000 personnes, avec une méthode de management pour le moins brutale: d’ici à la fin de l’été, les 3300 employés actuels auront tous été licenciés, avant que ne débute la campagne de réembauche parmi ce vivier d’anciens!


La direction en profitera pour remettre à plat conventions collectives, salaires au mérite et durée des contrats: un quart d’entre eux seront désormais à durée déterminée, contre aucun aujourd’hui. Mieux: elle prendra sa revanche sur les syndicats. «Pendant des années, les syndicats ont fait la pluie et le beau temps dans les ressources humaines, menant le chantier au bord de la faillite. Désormais, ils n’auront plus leur mot à dire sur les décisions stratégiques», assume, bravache, Darko Pappo, PDG de Brodosplit depuis fin février. Plus aucun membre de syndicats ne pourra accéder aux postes de management. «Comme l’entreprise passe pour le sauveur, tout lui est permis», soupire, dépité, Josko Franic, représentant du syndicat de la métallurgie sur le chantier. En charge d’accompagner la restructuration, l’agence croate pour l’emploi n’a en effet rien trouvé à redire aux conditions drastiques dictées par le repreneur.

 


«Une réussite» pour la gauche «Nous nous sommes retrouvés dans une situation où il ne restait que quelques mois pour achever les négociations avec le seul candidat déclaré à la reprise. Je les considère donc comme une réussite», s’est même réjoui le ministre de l’Economie, Ivan Vrdoljak, membre de la coalition gouvernementale Kukuriku (centre-gauche), au moment de confier le chantier à DIV. Le prix est modique, 500 000 euros, mais il s’additionne de la prise en charge de 40% des dettes et d’une promesse: investir 300 millions d’euros ces cinq prochaines années.


Le sourire forcé du ministre a été dicté par l’urgence. Au 1er juillet, la Croatie deviendra le 28e Etat membre de l’Union européenne. Et selon le chapitre VIII des négociations d’adhésion, le pays s’est engagé, au nom du principe de libre concurrence, à ne plus subventionner ce secteur. Sous perfusion, il coûte près de 180 millions d’euros par an à l’Etat, avec une dette culminant à 1,37 milliard d’euros. Seule solution, donc, la privatisation, qui porte un nouveau coup dur pour le fleuron de l’industrie nationale, déjà frappé de plein fouet par la concurrence asiatique (Corée du Sud, Vietnam, Chine).


Depuis plusieurs années, les chantiers navals croates, qui représentent 11% des exportations du pays et près de 10 000 emplois directs et 25 000 indirects, affichent des carnets de commandes en berne. A Split, seuls trois projets sont ainsi éparpillés parmi les 56 hectares de docks de construction et de hangars. Loin de l’effervescence des années 1960-1970, quand le plus grand arsenal d’un pays qui s’appelait encore Yougoslavie se targuait d’assembler navires commerciaux et sous-marins militaires.


Chômage en forte hausse
Pour satisfaire aux exigences de Bruxelles, quatre des cinq sites des bords de l’Adriatique ont donc déjà été mis en vente. Tandis que les arsenaux de Trogir et de Split trouvaient preneurs, celui de Kraljevica, vieux de 300 ans, a dû fermer ses portes. Cinq cents emplois ont sombré avec lui. Quant au 3.MAJ, basé à Rijeka, il pourrait être racheté par un autre chantier, Uljanik, implanté à Pula. Mais là encore, si le projet est validé par les autorités croates, la sauvegarde passera par le sacrifice de 500 des 2300 postes actuels. Autant de licenciements voués à nourrir un taux de chômage qui approche déjà les 20%.


«Le tribut à payer est lourd pour sauver notre tradition», peste Dino Sverko, président du syndicat du chantier Uljanik. «La faute, certes, en partie, à l’ultimatum de l’Europe, mais la responsabilité de nos gouvernements est aussi en- gagée. Ils ont laissé faire pendant des années, n’ont pas osé engager les réformes nécessaires à la survie de la construction maritime et, au final, ont préféré refiler la patate chaude à Bruxelles.» Perce cependant chez le syndicaliste l’exaspération d’avoir deux poids deux mesures dans les exigences européennes: «Pourquoi exiger la privatisation quand, à 250 km d’ici, le chantier naval de Monfalcone (en Italie, ndlr) appartient toujours à 98% à l’Etat? Il y a un vrai manque de fair-play dans les règles de l’UE.» De quoi nourrir encore un euroscepticisme grandissant dans les enquêtes d’opinion1? «Je n’attends pas de miracle, mais l’Europe devrait au moins se donner les moyens de se protéger, en augmentant par exemple des droits de douane. Aujourd’hui, cela revient moins cher d’importer l’acier de Corée que de Macédoine. C’est absurde!»

 


L’exception Uljanik
A contre-courant des autres chantiers de Croatie, Uljanik, dont 38% des capitaux appartiennent aux ouvriers réunis en coopérative, n’est pourtant pas à plaindre. Il peut même se targuer d’être le seul à générer des bénéfices, grâce à la construction de navires spécialisés à haute valeur ajoutée. «On a délaissé la fabrication de tankers, où le prix de vente est moindre et la concurrence forcenée, pour privilégier des bateaux plus sophistiqués, comme des dragueurs
à 130 millions d’euros pièce par exemple», explicite Dino Sverko. Réparti entre le continent et «l’île aux oliviers», au cœur de la baie de Pula, le chantier naval, dont les plus anciennes bâtisses trahissent l’origine austro-hongroise, accueille ainsi la fabrication de quatre bâtiments pour le groupe belge Jan De Nul ou encore d’un chalutier industriel à destination de la Russie. Un regain d’activité qui n’empêche pas le syndicaliste de se montrer prudent: «Pour faire vivre pleinement le chantier, il nous faudrait entre quinze et vingt commandes, contre onze actuellement. L’enjeu est d’autant plus important que les 2600 cols bleus et blancs du site représentent chacun quatre emplois indirects dans la région. Autant dire que quand Uljanik s’enrhume, c’est tout Pula qui tousse!» I

La Croatie 

Histoire La Croatie était un Etat fédéré au sein de la République socialiste de Yougoslavie jusqu’au début des années 1990. La déclaration d’indépendance de Zagreb en 1991, rapidement soutenue par l’Allemagne et l’Union européenne, ouvre un conflit armé avec la minorité serbe de Croatie qui refuse la sécession. La guerre, qui fera 20 000 morts, s’achève en 1995 et entraîne l’exode de milliers de personnes. La Croatie négocie son entrée dans l’UE depuis 2003 et a rejoint l’OTAN en 2009.

Economie L’économie croate est en récession depuis 2009. En 2012, alors que l’inflation a été de 3,4%, le PIB a reculé de 2%. Par habitant, il se fixe à 10 295 euros. Le chômage était en mai dernier de 19,6% et la dette extérieure équivaut à 102% du PIB. BPZ/ATS

 

1 Selon les derniers sondages, seuls 45% des Croates seraient favorables à l’adhésion. Le 22 janvier 2012, le «oui» l’avait pourtant emporté avec 66% des suffrages, mais un taux de participation de seulement 43,58%. Autre preuve de désaffection: lors des élections européennes du 14 avril dernier, l’abstention a atteint les 80%.

VENDREDI 28 JUIN 2013 http://www.lecourrier.ch/111012/chantiers_navals_engloutis_par_l_europe

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