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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 14:32

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Un récent décret supprime l’enquête publique pour la création d’élevages de moins de 2.000 porcs, contre 450 auparavant.

 

Jean-François Piquot, porte-parole de l’association Eau et Rivières de Bretagne, explique les conséquences de cet encouragement à la concentration des gros élevages au détriment des petites exploitations... et de l’environnement.

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À rebours d’exigences environnementales pourtant de plus en plus pressantes en Bretagne, cette mesure favorable aux élevages industriels marque une renonciation du gouvernement, qui accorde à l’agriculture productiviste ce que ces prédécesseurs n’avaient pas osé concéder.


Regards.fr. Contraints jusqu’à présent de faire valider l’extension ou la création de leur exploitation par une enquête environnementale dès lors qu’elle dépassait 450 porcs, les éleveurs porcins sont désormais autorisés, décret à l’appui, à cumuler jusqu’à 2.000 porcs sans être soumis à une enquête publique.

 

Quelles en seront les conséquences ? Ce décret va entrainer une concentration des élevages et des méga-élevages de porcs. Depuis vingt-cinq ans, c’est toujours la même logique qui conduit au productivisme donc à la suppression des petits élevages au profit des plus gros.


Les petits élevages sont-ils plus respectueux de l’environnement ?

Jean-François Piquot. Le respect de l’environnement est avant tout une démarche individuelle. Il existe des éleveurs respectueux de l’environnement chez les petits comme chez les gros exploitants. La question de la protection de l’environnement est différente. Elle doit par exemple prendre en compte la protection des tiers, c’est-à-dire des habitants résidant à proximité des élevages porcins. En Bretagne, on peut avoir une porcherie à cent mètres d’un tiers, alors qu’au Danemark la distance minimum est de trois cents mètres et de six cents en Hollande. Or, plus un élevage est important, plus les rejets d’ammoniaque le sont aussi. Chaque département breton rejette autant d’ammoniaque qu’une région française toute entière, et ce quelle que soit la région considérée. Par ailleurs, plus les plans d’épandage sont grands, plus il est difficile d’épandre et d’enfouir le lisier dans les vingt-quatre heures, comme il est recommandé de le faire.


Quel est l’impact des rejets d’ammoniaque sur l’environnement ?

C’est lui qui donne cette odeur très particulière au lisier. C’est donc une nuisance, mais c’est aussi un vrai problème environnemental car l’ammoniaque dans l’air retombe sous forme d’azote, c’est-à-dire sous forme de nitrate sur les sols.


Nitrates qui polluent les nappes phréatiques…

Le problème, ce n’est pas tant les nappes phréatiques que les eaux superficielles. Les autres régions françaises dépendent aux trois quarts des nappes phréatiques pour produire de l’eau potable. La Bretagne dépend à 86% des eaux superficielles, c’est-à-dire des rivières et des barrages. Or, une eau superficielle se pollue plus rapidement qu’une nappe phréatique. Par ailleurs, le décret ne prévoit pas de restriction pour l’installation de grosses porcheries sur les bassins versants à algues vertes, comme celui de la baie de Saint-Brieuc, alors que tous les scientifiques s’accordent à dire qu’il faut privilégier l’élevage extensif et non intensif si l’on veut éradiquer les algues vertes en Bretagne.


Quel est le lien entre élevages porcins et algues vertes ?

Ces algues sont le signe visible de la pollution invisible par les nitrates dans les eaux bretonnes. À l’état de putréfaction, elles dégagent un gaz mortel. Depuis la mort d’un cheval, intoxiqué, sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, on ramasse les algues vertes partout où c’est possible, et cela coûte très cher. Mais on pourrait aussi parler des algues bleues, les cyanobactéries, générées par un taux élevé de phosphore dans l’eau. Or, en Bretagne, 80% du phosphore et 85% des nitrates sont d’origine agricole.


Et qu’en est-il de l’eau destinée à la consommation alimentaire ?

Selon la législation européenne, on ne peut pas distribuer au robinet une eau qui contient plus de 50mg de nitrates au litre, c’est aussi la norme pour faire de l’eau potable à partir de l’eau superficielle. En 2001 et en 2007, la France a été condamnée pour ne pas avoir respecté ces normes et elle a dû fermer à toute vitesse cinq captages très importants en Bretagne !


De quel poids pesait l’enquête publique, tant décriée par les éleveurs, dans la décision d’accorder ou pas une autorisation pour la création ou l’expansion d’un élevage porcins ?

Le taux de refus d’extension ou de création d’élevage en Bretagne est de moins de 1%. L’enquête publique permettait surtout d’améliorer les dossiers présentés, notamment sur les questions de protection des tiers et de l’environnement. Les habitants des zones concernées pouvaient se rendre en mairie pour consulter le projet et donner leur avis, ils avaient un droit de regard sur l’aménagement de leur territoire. Aujourd’hui, c’est la démocratie participative qui est totalement bafouée. La simplification administrative oublie que l’agriculture dépend de la qualité des sols, de l’air et des eaux. De fait, aujourd’hui on ne considère pas ces trois éléments comme faisant partie intégrante de l’agriculture, mais comme des contraintes environnementales.


Selon vous, qu’est ce qui a motivé cette décision ?

En l’espace de trois ans, on a relevé les seuils d’autorisation pour les élevages des vaches laitières, des porcs et des volailles. Dans les trois cas, ces mesures bénéficient surtout à l’industrie agroalimentaire. Ce qui est étonnant, c’est qu’ en 2010, un projet de relèvement des seuils présenté par la droite a été repoussé sous la pression des députés PS, et notamment des députés socialistes bretons devenus aujourd’hui ministres. Ce que l’assemblée nationale a refusé sous une majorité de droite, un décret signé par un ministre socialiste a réussi à l’obtenir !


Quelles autres pistes auraient pu être privilégiées pour sauver la filière porcine ?

On pouvait choisir d’encourager les élevages de porcs sur paille, de porcs en plein air ou de porcs bio, c’est-à-dire des filières dans lesquelles les éleveurs peuvent vivre de leur travail, plutôt que de renforcer la production de porc industriel issue de porcheries hors-sol. Si, en Bretagne, chacun est prêt à reconnaître que l’on transforme l’élevage en industrie, pourquoi ne prend-on pas les mêmes mesures de protection de l’environnement pour ces porcheries que pour les industries ?


Quelles actions envisagez-vous dans les semaines à venir ?

Nous allons étudier le décret et les arrêtés techniques qui viennent de paraître et voir si l’on peut juridiquement aller devant le Conseil d’État. Il est certain que nous saisirons la Commission européenne, dont je rappelle qu’elle va juger l’État français dans le trimestre qui vient pour sa mauvaise application de la directive nitrates. La France peut s’attendre à une condamnation dans les prochains mois.

*

Entretien, par Sophie Courval| 14 janvier 2014
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