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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 11:56

hara kiri,1

Officiellement, la catastrophe nucléaire n’aurait entraîné aucun décès, rapportait en mars 2013 le quotidien japonais. Mais c’était sans compter les suicides provoqués par le désespoir.

 

Le 12 avril 2011, un mois après l’accident nucléaire de Fukushima, le printemps a déjà fait son apparition à Iitate, un village situé à 40 kilomètres de la centrale. La matinée est très ensoleillée, et comme chaque jour Mieko Okubo, 60 ans,  se dirige vers la chambre de son beau-père, Fumio. Posant la main sur la porte coulissante, elle lance : “Grand- père, le petit-déjeuner est prêt !” Mais elle n’obtient pas de réponse. Elle pénètre dans la pièce et découvre son beau- père assis contre la commode, les jambes allongées et la tête baissée. “Qu’est-ce que tu fais ?” demande-t-elle, mais la main qu’elle touche est froide. La corde qu’il a fabriquée en nouant ­soigneusement des sacs en plastique est en- roulée deux fois autour de son cou. “Il… Il est mort !” se dit-elle en s’affaissant sur le sol. Son ­­beau-père, âgé de 102 ans et doyen du village, vient de mettre fin à ses jours.

Attaché aux traditions, il aimait beaucoup les nimono [plats ­mijotés familiaux], le saké local et, curieusement, le chocolat. Lors de la fête donnée en l’honneur de son 99e anniversaire, ne pouvant contenir sa joie, il s’était exclamé “Que ça vaut la peine de vivre vieux !” Elle n’aurait jamais pu imaginer qu’il se suiciderait un jour. Pourtant, il y avait eu des signes annonciateurs. La veille de sa mort, ils étaient attablés pour le dîner, et, en apprenant au journal télévisé que tout le village d’Iitate devait être prochainement évacué, il avait lâché dans un murmure : “Moi, je ne veux pas partir d’ici.” Il avait mangé du chinchard frit et de l’omelette, mais n’avait pas touché au nimono. S’était-il dit qu’en le goûtant il aurait plus de mal à quitter ce monde ? Fumio n’a pas laissé de message derrière lui, mais c’est comme s’il avait été tué par la centrale nucléaire. L’esprit confus, Mieko regrette amèrement de ne pas avoir remarqué son désespoir.

Quelques heures après l’avoir trouvé mort, elle reçoit sur son portable un appel de son mari, Kazuo, âgé de 66 ans. La police vient tout juste d’achever ­l’examen du corps du beau-père. “Rien de nouveau ?” “Non, tout le monde va bien.” Kazuo, avec qui elle est mariée depuis quarante ans, est en phase terminale d’un cancer du pancréas. De l’hôpital de la ville voisine, qui vient d’être évacuée, il a été transféré dans un établissement de la préfecture de Niigata. Mieko vient de mentir à son mari pour la deuxième fois de sa vie ; elle ne veut pas l’inquiéter. Six mois plus tôt, elle lui a caché le pronostic des ­médecins, selon lequel il ne tiendrait pas jusqu’au printemps, et lui a laissé croire qu’on allait le guérir avec un traitement.

“Je hais cette centrale.”

Deux mois après la mort de Fumio, Kazuo s’est éteint, comme pour suivre son père. N’ayant pu être ramené à Litate, il a rendu son dernier soupir en répétant, comme dans un délire : “Je veux rentrer au village.” Même s’il était issu d’une famille de paysans, Kazuo était un homme chic et moderne ; il portait des chemises blanches qui lui allaient à mer- veille et aimait se parfumer. C’était un homme gentil qui acceptait en riant les caprices de sa femme et de ses deux enfants. Mieko aurait aimé que son beau-père meure de sa belle mort, elle aurait voulu fermer les yeux de son mari dans son village natal. Les bégonias que Kazuo faisait ­pousser devant leur maison sont aujourd’hui fanés et ne donneront plus jamais de fleurs.

“Si seulement il n’y avait pas de centrale… Je hais cette centrale”, soupire Mieko. Aujourd’hui encore, elle continue à se ­demander, avec un sentiment de culpabilité, si elle a bien rempli ses devoirs de belle-fille et si elle a pu être une bonne épouse. L’idée de rejoindre au plus vite les deux hommes dans l’au-delà lui est passée maintes fois par la tête. Deux ans se sont écoulés depuis l’accident nucléaire. Mieko loge chez son fils aîné de 30 ans qui travaille à Minami- Soma, mais elle passe la moitié de la semaine à Litate tout en sachant que la radioactivité y est très élevée. “C’est là que je peux retrouver mes souvenirs avec mon mari et mon beau-père”, explique-t-elle, esseulée, ajoutant s’y sentir plus près d’eux. En franchissant l’entrée plongée dans la pénombre, elle lance le rituel “Je suis de retour !”

 En chiffres

Morts : 15 881
Toujours portés disparus : 2 668. La plupart ont été engloutis par les flots.

Evacués : 315 196
Dont 54 000 à cause de l’accident nucléaire.

46 % des 16 290 000 tonnes de décombres causés par le séisme et le tsunami ont été traités.

Ce chiffre ne comprend pas les 470 000 tonnes de gravats contaminés de Fukushima, qui n’ont pas été du tout traités à ce jour.

Budget de reconstruction : 25 000 milliards de yens, soit 200 milliards d’euros, pour cinq ans.

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