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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 10:12

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Dans le Finistère, la très secrète Île Longue, coeur de la dissuasion nucléaire française, va renforcer ses mesures de sécurité. Il faut dire que d'incroyables failles rendent ce site ultrasensible vulnérable, comme le révèle notre enquête.

La Presqu'île de Crozon, dans le Finistère : ses plages de sable fin, ses criques sauvages aux eaux cristallines, ses sentiers de randonnée perchés sur des falaises abruptes, ses vues du «bout du monde» à couper le souffle et... ses sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). C'est ici, en effet, dans cette impasse naturelle, niché dans la rade de Brest, que bat depuis 1970 le coeur de la dissuasion nucléaire française. Qui tient en quelques chiffres : quatre SNLE équipés chacun de 16 missiles capables de frapper presqu'en tout point du globe, sur ordre du président de la République, n'importe quel État menaçant les intérêts vitaux de la France.

960 Hiroshima

Dans le ventre de chaque sous-marin sommeillent jusqu'à 960 Hiroshima... Alors, pour veiller sur cet arsenal apocalyptique, pour éviter qu'un grain de sable ne vienne enrayer le dispositif et entamer «la crédibilité de la France», des moyens hors normes ont été mis en place. Une quarantaine de vigiles, près de 115 gendarmes maritimes, et quelque 230 fusiliers marins assurent la sécurité des deux sites de Guenvénez (stockage des fusées) et de l'Île Longue (entreposage des têtes nucléaires et maintenance des sous-marins). Ces terrains d'une superficie égale à celle de l'Île de Bréhat (ou 461 terrains de football) sont également bardés de caméras, hérissés de clôtures électriques et de barbelés et truffés de capteurs électroniques et de moyens anti-intrusion. Bref, sur le papier, le coeur de la Défense nationale est une forteresse imprenable. Après plusieurs mois d'enquête, nous avons pourtant relevé de nombreuses failles de sécurité. Comment entrer sur la base de l'Île Longue, où aucun piéton ne peut se déplacer en zone sensible sans être immédiatement détecté et neutralisé ? Toute la sécurité du site repose sur le contrôle et l'identification des personnels autorisés à y entrer. Le dispositif actuel est l'une des principales faiblesses du site.


Badges peu fiables

Sur la base, pas de système de contrôle biométrique, qui offre pourtant une incomparable garantie d'authentification grâce à la reconnaissance digitale et/ou de l'iris de l'oeil. L'identification s'effectue au moyen de badges nominatifs équipés d'une simple bande magnétique (très facilement copiable) et d'une photo (contrôle visuel réalisé par des vigiles et gendarmes, très limité en fonction de l'affluence aux postes de contrôle et de l'état et de la fidélité de la photo). Ces badges ne permettent pas non plus de tracer leurs porteurs, et notamment de savoir s'ils ont bien quitté la base en fin de journée. La diffusion des cartes d'accès ne semble, par ailleurs, pas contrôlée. Pourquoi des personnes quittant leur emploi peuvent-elles partir sans restituer leur badge, comme nous avons pu le constater ? Pourquoi peut-on obtenir aussi facilement la réactivation de la bande magnétique de son badge, même après plusieurs mois d'absence, comme cela nous a été rapporté à plusieurs reprises ? Le sésame pour l'accès des véhicules, quant à lui, est un vulgaire morceau de feuille de papier blanc, où figurent quelques informations basiques. Un enfant de 12 ans pourrait le reproduire.


Document non classifiés

Le document qui recense et détaille tous les badges d'accès n'est pas classé «confidentiel ou secret défense», mais seulement «diffusion restreinte». Nous avons pu en consulter un. Grâce à ce document, nous avons pu réaliser un badge qui aurait pu nous permettre d'accéder au premier cercle de l'Île Longue. Aucune badgeuse (lecture des bandes magnétiques) ne filtre en effet l'accès aux parkings et à la zone vie de la base, ou encore aux transrades, ces bateaux qui effectuent la navette entre Brest et l'Île Longue et qui transportent chaque jour près de la moitié des effectifs travaillant sur la base (risques d'attentat suicide ou de prise d'otages). Seul un simple et succinct contrôle visuel des badges y est réalisé.

Contrôles insuffisants

Alors que le site est en travaux depuis 2006 (aménagements liés au nouveau missile M51), pourquoi les nombreux camions-bennes et toupies qui y pénètrent, et qui peuvent cacher de grandes quantités d'explosifs ou de nombreuses personnes, ne sont-ils pas systématiquement inspectés, comme nous l'avons constaté à plusieurs reprises à l'entrée de la base, et comme cela nous a été rapporté pour les sas d'accès aux autres zones du site ? Dans cette base ultrasensible, aucun scanner pour véhicule ! Chacune des zones d'accès n'est contrôlée (sauf le principal accès piétons aux zones sensibles, appelé «cathédrale») que par un ou deux gendarmes ! Selon plusieurs témoignages, les contrôles d'accès par la route sont d'ailleurs «très sommaires». Trop de monde afflue aux heures de pointe (3.000 entrées-sorties quotidiennes).

Une incroyable mine d'informations sur internet

Tout ce qui relève de la dissuasion nucléaire est protégé par le «secret défense». Sur internet, nous avons pourtant trouvé une foule d'informations sensibles, accessibles à tous : vues très détaillées du site, identités et coordonnées complètes de personnels clés, etc.

Reportage à l'Ile Longue

Les autres points faibles à la loupe

L'Ile Longue dispose-t-elle de tous les moyens pour faire face à une menace terroriste qui s'accentue ? Voici quelques-unes des autres failles que pointe notre enquête.


Failles électriques. La ligne électrique qui dessert l'Île Longue est parfaitement accessible. Si les zones-clés du site sont censées être autonomes, quel serait l'impact sur le fonctionnement du site si un ou plusieurs pylônes étaient détruits ? Selon nos informations, en raison d'un approvisionnement sous-dimensionné, les coupures sont «très fréquentes». Certaines peuvent même s'éterniser plus d'une heure. Même si elles n'affectent pas la «zone rouge», elles déclenchent automatiquement l'ouverture de certains sas ou badgeuses (contrôle manuel avec relevé d'identité) qui peuvent permettre d'accéder ensuite, plus ou moins aisément, en zone rouge.

Transrades cibles faciles. C'est dans le port militaire de Brest qu'embarquent tous les matins, sur trois transrades, près de la moitié des effectifs (environ 1.200 personnes) travaillant sur l'Île Longue. Quelles conséquences sur le fonctionnement de la dissuasion si ces bateaux, et les personnels qu'ils transportent, étaient touchés ou détruits par des tirs de roquettes depuis la terre (pont de Recouvrance, Tour Tanguy, etc.), ou percutés ou abordés (attentat suicide, prise d'otages) dans la rade ?

Matériel manquant, obsolète ou à bout de souffle. Les badgeuses permettant de lire les bandes magnétiques des cartes d'accès aux zones sensibles sont si anciennes qu'au moins l'une d'entre elles a été en partie démontée pour servir de pièces détachées aux autres. Selon plusieurs témoignages concordants, les clôtures enserrant la base sont également en «mauvais état» et régulièrement «rapiécées avec les moyens du bord». C'est aussi le cas des portails des sas d'accès des véhicules, parfois fermés avec une simple chaîne. À noter, également, l'absence de chicane devant l'entrée de la base et dans la base. Impossible d'empêcher un camion-suicide de parvenir jusqu'à la «cathédrale», principal sas d'accès au coeur du site, où plusieurs centaines de personnes se pressent aux heures de pointe. De jour, de simples barrières (souvent levées) «interdisent» l'accès au premier cercle du site.


Pas assez spécialisés, sous-équipés. Si la détection des intrusions semble très bonne, encore faut-il pouvoir répondre à une attaque massive réalisée par des hommes aguerris et ultra-motivés. Une bonne partie des 115 gendarmes maritimes sont gendarmes adjoints volontaires (GAV), donc débutants, très jeunes, peu formés (trois mois de formation initiale, contre douze mois pour un gendarme de carrière), et peu payés. Le commandant qui dirige ces unités n'est jamais un spécialiste de la sécurité de sites sensibles. Il est domicilié hors de la base (à 10 kilomètres). L'Île Longue est la première affectation d'une bonne partie des fusiliers marins présents sur le site. Anecdote : en août 2012, la protection du site principal était en partie assurée par des réservistes (formation de quinze jours).

Par ailleurs, un seul canot pneumatique, sous-motorisé, avec trois à six personnels à bord, est disponible pour intercepter sur le champ toute intrusion maritime. Les armes sont rarement approvisionnées en patrouille et pas adaptées à la configuration des lieux (fusils à pompe, par exemple). Les véhicules de patrouille sont sans protection. Il y a peu ou pas de moyen de transmission individuel. De plus, les gilets pare-balles sont obsolètes et la grande majorité des agents de sécurité privée, non armés, n'a reçu aucune formation spécifique. Enfin, la coopération et l'entente entre gendarmes et fusiliers marins serait «minimaliste». «Pour un site aussi sensible que celui-ci, qui fournit "l'assurance-vie" de la France et assure sa crédibilité internationale, il faudrait un personnel peut-être moins nombreux, mais vraiment spécialisé, bien équipé et payé, et capable de répondre à des situations et à des engagements non conventionnels. Ce n'est pas du tout le cas», tranche le spécialiste de la sécurité de sites sensibles que nous avons consulté (et qui souhaite rester anonyme).


Procédures d'alerte ignorées. En cas d'intrusion ou de danger, les consignes et procédures d'alerte sont inconnues des vigiles (par ailleurs, on note l'absence d'alarme ou de système de communication spécifique et rapide). Certaines procédures de sécurité sont ignorées. Exemple avec les alarmes radiologiques : régulièrement, notamment au passage de camions transportant des déchets, celles-ci se déclenchent. À juste titre ? Personne ne le sait. L'alarme est coupée au bout de quelques minutes, «pour ne pas bloquer le flot de camions qui sortent et entrent».

Crash d'aéronef ou de bateau. Ces scénarios auraient été pris en compte. Pourquoi alors aucune batterie de missiles sol-air n'a été mise en place ? Comment empêcher le crash d'un avion qui se jetterait sur le site (assez protégé pour résister à un impact d'avion de ligne ?) ? L'installation d'une batterie mobile de missiles de type Crotale serait bien envisagée, mais celle-ci ne serait que «provisoire» (sic), comme cela avait été le cas après les attentats du 11 septembre 2001. Aucun système ne semble être en revanche capable de stopper un bateau lancé à pleine vitesse sur le site. Dans tous les cas de figure, même si une menace directe sur les munitions nucléaires de l'Île Longue semble très improbable, une action terroriste pourrait en revanche avoir un très fort impact sur le fonctionnement de la dissuasion, décrédibiliser la France, et générer une onde de choc sans précédent dans l'opinion publique (et une hostilité accrue pour le nucléaire).

  • H. C.

Intrusions, sous-marin piégé et surréalistes appels d'offres

Les failles qui affectent l'Île Longue ne sont secrètes que pour le grand public. Sur le site, « tout le monde en est conscient », assure l'un de nos interlocuteurs. Selon nos informations, plusieurs alertes seraient même remontées «à un haut niveau». Ont-elles déclenché les incroyables appels d'offres publics passés peu de temps après le début de cette enquête, il y a plusieurs mois ? Leur lecture est très instructive. On y apprend que l'Île Longue nécessite la «construction d'un nouveau poste d'accès et la modernisation des moyens de filtrage» (selon nos sources, un système d'identification biométrique des personnels est, par ailleurs, en phase de test depuis plusieurs semaines), «le renforcement de l'alimentation électrique», «l'approvisionnement et la maintenance d'un groupe électrogène de secours» (l'alimentation électrique est une autre faille). Comment ne pas comprendre que la sécurité du site n'est plus à son niveau maximum ? Personne n'échappe aux règles de passation des marchés publics ! Pas même l'installation la plus secrète de France ?

Badge noir et camion-poubelle

Autres preuves de la vulnérabilité de l'Île Longue ? Selon nos informations, la sécurité du site a été prise en défaut à plusieurs reprises. En juin 2012, deux individus présentant un «badge noir» - sésame délivré à une dizaine de personnes dispensées de contrôle (commandant de la base, etc.) - sont entrés dans la base et sont parvenus jusqu'à un sous-marin, sur lequel ils ont matérialisé un engin explosif. Les mêmes individus ont réussi à ressortir de la base sans être inquiétés. Il s'agissait, heureusement, d'un test de sécurité, probablement mené par des commandos Marine de Lorient. Quand ils n'ont pas de badge, les commandos parviennent aussi à entrer, au petit matin... dans un camion poubelle (il y a quelques années) ou encore par la mer et dans des caisses en bois sans fond ! Cette dernière opération, baptisée «Barracuda», révélée par le livre d'un ancien nageur de combat du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure, avait mis «out», en septembre 1973, un sous-marin et toute la chaîne de transmission nucléaire ! Même si ces tests sont réalisés en situation réelle (les services de sécurité ne sont pas avertis), leurs scénarios sont «forcément très limités», relève un expert en sécurité de sites sensibles que nous avons sollicité. Impossible, en effet, d'envisager une attaque massive ou des techniques qu'utiliseraient réellement des fanatiques...

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