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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 14:02

poisson crise

Propulsé dans la lumière par la BD de Pénélope Bagieu, le chalutage en eaux profondes suscite des débats déjà anciens. Le point.

Rarement le sujet de la pêche ne s’est retrouvé autant sous le feu des projecteurs. Cela s’explique par le succès fou d’une pétition qui a été promue par la dessinatrice Pénélope Bagieu sur son blog. Plus habituée aux sujets légers, la jeune femme donne de la visibilité à un sujet assez complexe, faisant l’objet de nombreuses études, à la fois scientifiques et institutionnelles, et qui a autant de défenseurs que d’opposants. 


Sa bande dessinée continue d’affoler les statistiques des réseaux sociaux tandis que la pétition de l’association Bloom a atteint le demi-million de signatures. Si on laisse de côté le buzz médiatique, ce sujet déborde d’enjeux de fond.


Tout d’abord, une petite clarification s’impose. La pêche en eaux profondes représente, selon un rapport de l’Union européenne de juin 2013, 1,5 % du volume de pêche dans l’Atlantique Nord-Est. Autant dire une portion très réduite. Ce qui ne l’empêche pas de susciter des réactions car elle est accusée, malgré sa faible représentativité, de faire de nombreux dégâts. 

Un impact écologique important 

Les pêcheurs se défendent de « racler » le sol comme l’avancent de nombreuses associations et de pêcher aussi profond que l’affirme Bloom. Si le chiffre de 2 000 mètres semble un peu exagéré (en réalité, une très grande majorité de la pêche profonde ne va pas au-delà de 1 300 mètres, et aucune au-delà de 1 500 mètres), il n’en demeure pas moins que cette pêche impacte ce qu’on appelle « l’habitat profond », qui commence dès 200 mètres de profondeur selon la classification européenne Eunis (European Information System).


 

Une étude publiée dans la revue Nature en 2012 pointait également les évolutions alarmantes des paysages sous-marins après le passage des chaluts qui, s’ils n’arrachent pas forcément de coraux dans l’Atlantique, déplacent des tonnes de sédiments. 


En outre, le chalutage profond serait utilisé pour, au final, une commercialisation de seulement trois espèces de poissons, selon Bloom et aussi une étude britannique de la New Economics Foundation. Or, il «  constitue la technique de pêche présentant l’empreinte écologique la plus importante  », selon les conclusions du Grenelle de la mer de septembre 2010 organisé par le ministère du Développement durable.


Hubert Carré, président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), s’en défend et évoque de nombreuses autres espèces comme le congre ou la phycis de fond qui, bien qu’elles soient méconnues, sont consommées notamment dans les plats préparés. Cette pêche concerne «  une quinzaine d’espèces, dont huit constituent 90 % des apports  ».


Il tient également à souligner les efforts réalisés ces dernières années pour limiter les dégâts de la pêche en eaux profondes, un argument défendu par l’ensemble des pêcheurs. Mais cet argument a été balayé il y a un an par Les Watling, biologiste, qui estime que «  s’il y a eu stabilisation de certains stocks, celle-ci s’est faite à des niveaux très bas par rapport au stock initial  ».


Et Mediapart rappelait en juin 2012 que «  le Conseil international pour l’exploration en mer, chargé d’évaluer les stocks de poissons en Europe, concluait en 2008 et 2010 que les espèces des eaux profondes sont en route pour l’extinction  »

La situation de l’emploi, déjà tendue en Bretagne

La Scapêche, l’armateur de pêche d’Intermarché directement mis en cause par Bloom et qui représente la majorité de la pêche profonde, insiste sur les conséquences d’une interdiction de cette pêche pour l’emploi. Le chiffre de 600 emplois a été avancé pour la France (dont une majorité d’emplois à terre). Pourtant, un rapport de la Commission européenne conclut que le chalutage profond est le type de pêche qui génère le moins d’emplois en équivalents temps-plein, proportionnellement aux quantités de poissons commercialisées. 


L’association Bloom évoque une dizaine de chalutiers qui pratiquent ce type de pêche. Et, si les emplois concernés sont peu nombreux en comparaison des emplois du secteur de la pêche en général, ils sont surtout très concentrés, notamment à Lorient et à Boulogne-sur-Mer. La pêche profonde constitue «  un pilier fort de plusieurs économies portuaires locales  », selon le Grenelle de la mer.


Or, la situation est déjà extrêmement tendue en Bretagne. Isabelle Thomas, députée européen du Grand-Ouest, le met d’ailleurs très clairement en avant dans un communiqué : le contexte est celui d’une «  Bretagne qui doit relever le défi du maintien de l’emploi et des activités économiques  ». Il serait inutile d’ajouter de l’huile sur le feu en quelque sorte. 

Les subventions montrées du doigt

 La question de la rentabilité d’une telle pêche fait aussi débat. Bloom a notamment étudié les comptes de la Scapêche et est arrivé à la conclusion que cette pêche vit des subventions, et que, même avec ces subventions, la pêche se fait à perte. Mais Hubert Carré souligne leur importance :

« Sans les subventions, les entreprises ne pourraient ni se moderniser, ni être plus sélectives ou plus économes en carburant pour offrir de meilleures conditions de vie aux équipages. »

Le Grenelle de la mer organisé par le ministère du Développement durable en septembre 2010 aboutissait à des conclusions similaires à celles de Bloom quant à la rentabilité : une pêche profonde ne pourrait être considérée comme durable qu’avec «  des prélèvements extrêmement faibles et donc incompatibles avec une quelconque rentabilité économique  ». Autrement dit, pour être rentable, elle est nécessairement destructrice.


Cette thèse est soutenue par de très nombreuses études scientifiques qui insistent notamment sur la longueur des cycles reproductifs des espèces profondes. Les différents rapports sur le sujet suggèrent une reconversion vers la pêche à la palangre – grosse ligne de fond sur laquelle sont fixés des hameçons au bout de nombreuses cordelettes –, mais celle-ci présente aussi des inconvénients, notamment la capture accidentelle de requins, selon Hubert Carré.


Or, ce constat est loin d’être récent et une concertation aurait pu être engagée depuis longtemps pour entamer une reconversion vers des modes de pêche qui non seulement sont plus respectueux de l’environnement, mais aussi plus rentables pour les pêcheurs. D’ailleurs, en 2010 déjà, le Grenelle de la mer faisait des recommandations dans ce sens. 

Si le monde associatif et les organisations de pêcheurs sont prompts à se mobiliser sur toutes ces questions, une réaction du côté du gouvernement se fait toujours attendre.

En une semaine, depuis la mise en ligne de la BD de Pénélope Bagieu, la pétition de Bloom est passée de 24 000 à 588 000 signatures. Par Camille Selosse - - 25 novembre 2013

 

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