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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 17:11

Par Elodie Bécu (30 novembre 2010)

« Pêche interdite » : les arrêtés se multiplient depuis quelques mois, pour cause de pollution aux PCB. Plus de 20 ans après leur interdiction, ces substances chimiques continuent de contaminer l’environnement. En cause : la négligence de certaines entreprises et l’abandon de sites non décontaminés. Le comité national des pêches a déposé plainte pour pollution fluviale et maritime.

 

Photo : © Robin des bois

« On ne peut pas impunément polluer la mer ! » , tonne Pierre-Georges Dachicourt, président du comité national des pêches maritimes. Celui-ci vient de déposer une plainte contre X pour pollution fluviale et maritime, auprès du tribunal de grande instance de Paris. Les professionnels de la mer dénoncent la pollution des fleuves aux PCB, qui met en danger la santé humaine et « casse l’outil économique des pêcheurs ».

En quelques mois, plusieurs arrêtés préfectoraux ont interdit la pêche à la sardine dans la baie de Seine (février), à l’alose et à l’anguille dans la Garonne, la Dordogne et l’estuaire de la Gironde (avril). Et pour cause : ces poissons présentent « un risque potentiel pour la santé humaine ». Les taux de PCB retrouvés dans ces espèces sont supérieurs aux normes fixées par l’Autorité française de sécurité sanitaire (AFSSA) – qui pointe aussi des taux supérieurs aux normes pour les bars en baie de Seine.

 

Des poissons nourris au pyralène


Avec leur plainte, les pêcheurs espèrent la désignation d’un juge d’instruction pour mener une enquête d’ampleur sur ce scandale écologique. Leur objectif ? Retrouver les responsables de la catastrophe sanitaire et leur appliquer le principe « pollueur-payeur ».

Les PCB sont des composés organiques aromatiques fortement chlorés, plus connus en France sous le nom de pyralènes. Dans les années 1930, l’industrie s’en empare pour leur stabilité chimique et leur inflammabilité. Ils sont alors utilisés comme isolants dans les transformateurs électriques ou les condensateurs, comme lubrifiants dans les turbines et les pompes ou comme composants d’huiles, de soudures ou de peintures. Ils sont très peu solubles dans l’eau. Ils s’accumulent également dans les tissus graisseux tout au long de la chaîne alimentaire, avec des conséquences pour la santé de l’homme : cancers, problèmes de fertilité... Les PCB sont interdits en France depuis les années 1980.

 

Toujours plus de sites dangereux


Malgré la réglementation en vigueur, de nombreux sites sont pollués aux PCB en France, souvent à proximité des rivières. Il s’agit surtout d’anciens lieux industriels qui n’ont pas été – ou mal – décontaminés. Cette pollution historique et silencieuse est répertoriée régulièrement par l’Atlas de l’association écologiste Robin des bois, qui pointe d’année en année toujours plus de sites dangereux : 416 lieux pollués sont aujourd’hui recensés en France, contre 361 en 2008 quand l’association a commencé son travail d’investigation.

« L’État ne fait pas assez d’efforts en matière d’identification, d’inventaire et de mise en sécurité des sites pollués », déplore Jacky Bonnemains, le président de Robin des bois. Cette négligence a de lourdes conséquences. Quand des accidents ou des effractions se produisent sur des sites pollués, les sites subissent des dégradations qui provoquent un déversement de PCB dans l’environnement. C’est le cas, par exemple, lors des nombreux vols de transformateurs qui ont lieu pour récupérer le cuivre contenu à l’intérieur.

Plaintes contre BP et la ville de Saint-Quentin

Face à l’ampleur de la catastrophe sanitaire à venir, l’association Robin des Bois – qui a déposé plusieurs plaintes contre X – veut cette fois aller plus loin en déposant des plaintes nominatives. Dans le collimateur de l’association : la raffinerie BP à Courchelettes dans le Nord et la ville de Saint-Quentin, « propriétaire de terrains où des centaines d’équipements avec des PCB ont été entreposés de manière désastreuse dans les années 1980 », explique Jacky Bonnemains. Pour lui, l’urgence est la décontamination des sites pollués : « Plus on intervient tôt, mieux c’est. Un site pollué peut être circonscrit. Mais une fois que les PCB sont déversés dans la nature, la pollution est plus diffuse et difficile à combattre. »

Élodie Bécu

 

Plus d’informations sur le site de l’association Robin des bois :

 

www.robindesbois.org

 

 

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