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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 12:57

mer

 

Derrière le développement des ports de plaisance et des activités nautiques en France se cache une empreinte écologique très importante.

 

Mais l’érosion du littoral et la pollution des milieux marins semblent être le prix à payer pour atteindre la croissance « bleue » promue par la Commission européenne...

 

En 2013, le ministère de l’Écologie recensait 470 ports de plaisance en France. Ces installations correspondent à environ 165 000 places ou anneaux. Les côtes de la Manche et de l’Atlantique en accueillent 52%, la Méditerranée 47 %. La région Côte d’Azur et la Bretagne sont les championnes dans ce domaine. Pourtant très marine, l’outre-mer ne possède que 1% des ports de plaisance recensés.


Les statistiques nous indiquent encore que 75 % des bateaux résidents sont à moteur pour seulement 25 % de voiliers. Enfin, 72,5 % des embarcations sont inférieures à 6 mètres de long.


Dans les années 1960, la France comptait seulement 66 ports de plaisance et 88 000 bateaux. La mission Racine en 1970 inaugurait un grand plan d’aménagement du littoral pour développer le tourisme de masse. Les ports de plaisance se construisirent en prolongement des stations balnéaires qui fleurissent le long de la côte méditerranéenne. La société du loisir des trente glorieuses a encouragé les classes aisées à acquérir des bateaux pour profiter de la mer pendant les mois d’été.

 


Aujourd’hui le nombre de plaisanciers est estimé à 4 millions et 800 000 bateaux sont immatriculés.Le profil type du plaisancier est un homme de plus de 50 ans gagnant au minimum quatre mille euros par mois.

 

Un port maritime entraîne l’érosion du littoral et la destruction de la faune et de la flore


« Tous les ports de la Mission Racine qui ont été construits dans les années 70, ont un impact énorme sur la dynamique sédimentaire car ils ont permis l’accumulation de sable d’un côté et l’érosion de l’autre. Les digues qui protègent le port bloquent le sable d’un côté et favorisent son départ de l’autre parce que le transit naturel ne peut plus s’effectuer. La barrière naturelle est réduite donc la côte résiste moins bien à la submersion » explique Frédéric Bouchette, chercheur au laboratoire Géosciences de Montpellier.


Sur la carte réalisée par le Système d’Observation Littoral-Trait de côte, SOLTC, on voit comment les digues du port central perturbent la forme et la taille des morphologies des plages de chaque côté. Ce problème est amplifié par la montée du niveau de la mer dû au réchauffement climatique, et par la vétusté des installations portuaires.

Dès 1990, l’IFREMER avait alerté les autorités sur la dégradation du littoral : « La plus grande partie du littoral français est, actuellement, en érosion. Tout aménagement modifiera le transit littoral et provoquera donc des phénomènes d’érosion et de sédimentation. L’implantation d’un port a comme conséquence immédiate et irréversible la destruction de la faune et de la flore dans la zone des travaux. »

 

Erosion du littoral mais aussi pollution du milieu marin


Outre leur impact physique sur la dynamique côtière, les ports perturbent aussi l‘écosystème marin. Jusque dans les années 2000, les bateaux déversaient leurs eaux usées directement dans la mer. Le projet « ports propres » a ralenti cette pollution des eaux sans résoudre le problème : le traitement des eaux usées à bord des navires régi par la convention internationale marine Marpol prévoit que seuls les navires transportant plus de 15 personnes ont l’obligation de traiter ou stocker leurs eaux usées.


Les bateaux de plaisance construits avant 2008 bénéficient d’une réglementation plus souple qui n’impose pas d’installation de traitement ou de réservoirs de stockage.


Mais la pollution la plus préoccupante vient des traitements antifouling à base de PCB, molécule très toxique, qui protège la coque des bateaux. Ces polluants utilisés pendant de nombreuses années se sont déposés au fond des ports et ressurgissent à la moindre opération de dragage. Leur retraitement, leur évacuation et leur stockage sont parmi les plus gros problèmes environnementaux actuels en zone littorale.


Si les produits antifouling contenant des PCB ont été interdits, les nouveaux produits autorisés sont tous à base de cuivre. Des études sérieuses commencent à évaluer leur impact sur l’eau. Tous les produits appliqués sur les coques des bateaux pour les protéger sont faits pour tuer les organismes marins.

Les peintures à base de cuivre utilisées actuellement génèrent une pollution très importante des ports. « A côté des zones techniques il n’y a plus rien qui pousse » témoigne Françoise Elbaz-Poulichet, directrice de recherche CNRS au laboratoire HydroSciences, de Montpellier.


Comme la voiture, le bateau à moteur pollue


L’empreinte écologique des activités de plaisance ne s’arrête pas là. Comme la voiture, le bateau de plaisance à moteur, construit en plastique, ne se recycle pas et consomme jusqu’à 25 litres de carburant pour 100 kms.

Mais il fait marcher une grosse industrie. La filière nautique avec ses composantes - production, distribution, services - regroupe 4 900 entreprises, génère un chiffre d’affaires de 4,16 milliards d’euros et comptait plus de 45 000 emplois en 2007.


Longtemps considérés comme de simples outils de gestion des places à quais, les ports sont devenus de véritables leviers de développement économique.


Malgré les lois strictes de protection du littoral, la demande pour des nouveaux emplacements dans les ports de plaisance reste forte pour les communes du bord de mer. Les perspectives de retombées économiques sont les principaux arguments des élus confrontés au chômage de leurs administrés et à la baisse des subventions de l’Etat. Pour ménager les consommateurs et la croissance du secteur nautique, la création de ports à sec semblent la solution privilégiée par les autorités. Le nombre de « parking à bateau » est en augmentation constante depuis quinze ans. Quand on sait que les bateaux de plaisance ne sortent en moyenne que 4 à 6 jours par an, cela en vaut-il vraiment la peine ?


Oui, répondent en cœur les élus et la Commission européenne qui n’ont que le concept d’Eco-cité portuaire à la bouche. Lors de la présentation de la stratégie 2014-2020 pour plus de croissance et d’emplois dans le tourisme côtier et maritime avec le modèle Odyssea, Mme Maria Damanaki, commissaire européenne chargée des affaires maritimes et de la pêche, a déclaré à ce propos :

« Le tourisme côtier et maritime a été défini dans notre stratégie en faveur de la “croissance bleue” comme l’un des moteurs essentiels pour créer de la croissance. »


La croissance bleue, pas la croissance verte


Cette nouvelle stratégie de la Commission européenne vise à promouvoir le tourisme côtier et maritime en Europe, en reconnaissant le potentiel de ce secteur en matière de croissance durable et de création d’emplois. La stratégie présente 14 mesures de l’Union Européenne (UE) destinées à aider les régions côtières et leurs entreprises et à renforcer la position du secteur.

 

Le label Odyssea est présenté comme un exemple à suivre. Extrait : « … Promouvoir une offre innovante, durable et de grande qualité… Le projet Odyssea qui valorise le potentiel économique du tourisme côtier, les itinéraires culturels maritimes et les activités originales relatives à la navigation de plaisance à travers un réseau d’infrastructures côtières novatrices et d’anciennes routes maritimes, en constitue un bon exemple… ».


Le tourisme côtier et maritime, qui inclut le tourisme balnéaire et nautique, le tourisme de croisière et de navigation, constitue un moteur essentiel pour l’économie de nombreuses régions côtières et îles en Europe. Il emploie près de 3,2 millions de personnes, génère un total de 183 milliards € en valeur ajoutée brute pour l’économie de l’UE et représente plus d’un tiers du produit brut de l’économie maritime.


Le tourisme est un secteur en plein essor : en 2013, le nombre de nuitées passées dans des hôtels ou établissements similaires a atteint un niveau record de 2,6 milliards dans l’UE, soit une augmentation de 1,6 % par rapport à 2012.


Mme Maria Damanaki, commissaire européenne chargée des affaires maritimes et de la pêche, a déclaré à ce propos : « Le tourisme côtier et maritime a été défini dans notre stratégie en faveur de la “croissance bleue” comme l’un des moteurs essentiels pour créer de la croissance et de nouveaux emplois, notamment dans nos régions côtières qui connaissent souvent un taux de chômage élevé. Ce secteur constituant la principale activité économique maritime et la base de l’économie d’un grand nombre de nos régions côtières, il est de notre responsabilité de l’aider à se développer et à prospérer. » Bénédicte Martin (Reporterre) Vendredi 6 juin 2014


 

Lire aussi : En Italie, un projet de port inutile dégrade la côte romaine

 

http://www.reporterre.net/spip.php?article5894

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