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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 08:05

Un an après la catastrophe, BP assure que 74% du pétrole a disparu du golfe du Mexique. Des scientifiques font un constat différent.

Des marais pollué par le pétrole près de Myrtle Grove, en Louisiane, le 1er avril 2011 (Sean Gardner/Reuters).

(De Louisiane) Le 20 avril 2010, BP perdait le contrôle du puits de pétrole qui alimentait sa plateforme Transocean Deepwater Horizon au large des côtes lousianaises.

BP n'avait aucun plan d'action

Le fiasco est attribuable au manque de stratégies et de technologies efficaces pour réagir à ce genre d'accident.

Dans la hiérarchie de BP, le département responsable de réagir en cas de marée noire consistait alors en un seul homme, David Fritz, lequel confie au New Yorker le 14 mars 2011 : « Il n'y avait pas de plan. Le plan, c'était moi… »

Trois mois et de multiples tentatives échouées plus tard, la multinationale parvient enfin à colmater la fuite.

Entre-temps, près de 800 millions de litres de brut se sont déversés dans l'océan, un « Tchernobyl du pétrole », pour citer Barak Obama.

Un an après, plus rien à l'horizon. BP et les agences gouvernementales se félicitent : ils ont eu raison du pétrole. Décidemment, ils sont fort ces Américains.

Une ombre au tableau toutefois : des centaines de carcasses de dauphins morts, dont une grande partie de nouveaux-nés, se sont échouées sur les plages d'Alabama et du Mississippi depuis le début de l'année. (Voir la vidéo en anglais)


En fouillant un peu sous le sable blanc, on se rend compte que les constats optimistes de BP et des scientifiques qu'elle finance sont un peu hâtifs. A Grand Isle, une presqu'île sur le littoral de Louisiane, il est possible, en creusant à un mètre sous le sable, de voir apparaître une tache d'huile à la surface des eaux amenées par la marée.

A Bon Secours, en Alabama, une plage classée « National Wildlife Refuge » pour le grand nombre d'oiseaux et de tortues qui viennent habituellement y nicher, pas un animal à l'horizon. A peine quelques mouettes…

La version de BP : « Il ne reste que 26% du brut »

Où est passé le pétrole ? Selon BP, voici la répartition supposée des 800 millions de litres de brut échappé de la plateforme selon BP :

  • 17% ont été récupérés directement à la tête du puits ;
  • 16% se sont dilués naturellement ;
  • 3% ont été recueillis en surface par des bateaux-écrémeurs ;
  • 5% ont été brûlés ;
  • 25% se sont évaporés ;
  • 8% ont été chimiquement dilués ;
  • 26% restent.

Schéma de répartition du brut selon BP et l'agence Noaa (cliquez pour agrandir).

« Des pluies d'hydrocarbures sur les côtes du golfe du Mexique »

Ces chiffres n'impressionnent pas Richard Steiner, un biologiste d'Alaska, actif lors de la marée noire de l'Exxon Valdez en 1989. Il craint que le golfe du Mexique ne retrouve pas son état d'avant la catastrophe avant de longues décennies. Selon lui, les autorités et les experts de BP n'ont pas pu récupérer plus de 900 000 barrels du brut (environ 20% du total). Le reste serait toujours là, sous forme de microparticules, à cause des 2 millions de litres de Corexit, le dispersant utilisé par BP, qu'ils ont injectés dans l'eau :

« Les dauphins échoués prouvent que ces eaux ne sont pas saines. En Alaska, c'est seulement quatre ans après l'Exxon Valdez qu'on a remarqué que toute la population de harengs s'était éteinte et vingt ans après, elle n'est pas encore rétablie.

Progressivement, les hydrocarbures décomposés vont remonter la chaîne alimentaire à partir des organismes sous-marins qui les assimilent. Ils referont aussi surface sur les plages et dans les marais, amenés par les courants. Et en cas de gros ouragan, il ne serait pas étonnant qu'il pleuve des émulsions d'eau et d'hydrocarbures sur les côtes du golfe. »

« Il reste au moins 50% du brut dans l'environnement »

A l'automne dernier s'est déroulée une mission d'observation et d'échantillonnage dans les eaux profondes du golfe du Mexique. Samantha Joye, la scientifique indépendante à l'origine de cette mission, documente les résultats de ces recherches sur son blog. « Il reste au moins 50% du brut dans l'environnement », affirme-t-elle.

Joseph Montoya, océanographe en Géorgie ayant participé à la mission, explique :

« Nous avons traqué les panaches de pétrole que l'on soupçonnait présents dans la colonne d'eau et sur les sédiments du golfe. Nous avons fini par les trouver. Ils s'étendaient sur plusieurs kilomètres de long et de large et se déplaçaient dans les zones proches du puits. »

BP réfute cette possibilité. Thomas Curtis, le porte-parole de la firme en Louisiane, déclare :

« Il existe dans les eaux profondes des bactéries qui se nourrissent de carbone. Depuis l'accident, elles se sont certainement multipliées, attirées par le pétrole qui contient du carbone. Aujourd'hui, ces bactéries ont fait leur travail d'assimilation, c'est un processus naturel. Il n'existe certainement pas de couches de pétrole ou de panaches qui se promènent dans le fond de la mer ! »

Pourtant, l'équipe de Joe Montoya et de Samantha Joye assure avoir repéré pendant sa mission des couches d'une boue atypique qui couvraient les sédiments du golfe.

Selon Vernon Asper, un océanographe du Mississippi aussi présent sur cette mission, ces boues et ces panaches sont « certainement nocifs aux écosystèmes du golfe » :

« Les hydrocarbures aromatiques polycycliques que le brut libère en se décomposant en microparticules sous l'effet des produits dispersants sont toxiques pour les organismes des fonds marins. »

Il ajoute que Samantha Joye a déjà retrouvé des « dead zones » – des zones sans aucune vie marine – dans des régions proches du puits.

La plage de Bon Secours, en Alabama (Louise Culot).

Illustration et photos : des marais pollué par le pétrole près de Myrtle Grove, en Louisiane, le 1er avril 2011 (Sean Gardner/Reuters) ; schéma de répartition du brut selon BP et l'agence Noaa ; la plage de Bon Secours, en Alabama (Louise Culot).

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