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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 12:53

oiseau mazoute

Quatre ans après la catastrophe Deepwater Horizon, le golfe du Mexique semble avoir retrouvé son état d’origine.
Une bonne nouvelle, mais pas pour tout le monde.

 

"Nous avons détruit le golfe du Mexique.”

 

Même quand la plateforme pétrolière Deepwater Horizon a explosé, le 20 avril 2010, provoquant une marée noire, ce commentaire du banquier Matthew Simmons [décédé en 2010], expert des questions énergétiques, semblait exagéré.

Quatre ans plus tard, avec le boom touristique que connaît la région et des prises de pêche sportive plus nombreuses qu’avant l’accident, cette vision apocalyptique semble encore plus éloignée de la réalité. Bien que des boulettes de goudron continuent régulièrement à souiller les plages du golfe – plus d’un millier d’entre elles ont été polluées au cours des six derniers mois –, la majeure partie du pétrole qui s’est écoulé du puits Macondo [le puits de pétrole responsable de la marée noire, scellé en septembre 2010] pendant près de trois mois a disparu. Pourtant, les effets de la marée continuent à alimenter un vif débat.

Le gouvernement américain mène aujourd’hui l’enquête la plus importante jamais réalisée aux Etats-Unis sur une catastrophe écologique, une enquête qui englobe un large éventail de questions, de la modélisation des flux de pétrole sous-marins au diagnostic des problèmes de santé des dauphins. La majeure partie des études est financée par BP, qui exploitait la plateforme et qui a versé 1 milliard de dollars pour ces recherches. Le programme de recherche, connu sous le nom de Natural Resource Damage Assessment [NRDA, Evaluation des dommages subis par les ressources naturelles], devrait se poursuivre jusqu’à l’an prochain, et peut-être au-delà.

Les résultats n’ont pas qu’un intérêt théorique : des milliards de dollars sont en jeu. Le procès intenté au géant britannique du pétrole par l’Etat américain aux termes du Clean Water Act [loi sur la protection de l’eau] devrait entrer dans sa phase finale le 20 janvier 2015. Le juge Carl Barbier entendra les parties sur le montant de l’amende à infliger à BP, laquelle pourrait s’élever à 18 milliards de dollars. L’un des facteurs que la compagnie pétrolière souhaite voir prendre en compte par les juges est l’amélioration de l’état du golfe du Mexique.

Un autre procès doit déterminer l’amende qu’elle va devoir payer pour réparer les dégâts mis en lumière par le NRDA, une somme qui pourrait elle aussi se chiffrer en milliards. Pour les actionnaires de BP, qui se demandent ce qu’ils peuvent attendre de ces recherches, les résultats disponibles semblent bien maigres. Des études ont été publiées – notamment deux rapports de l’université Stanford et de la National Oceanic and Atmospheric Administration [NOAA, Administration nationale des océans et de l’atmosphère] qui montrent comment le pétrole peut endommager le cœur du thon –, mais elles ne donnent qu’une vision fragmentaire des effets de la marée noire. Personne n’a encore dressé un tableau complet de la situation. En avril, la National Wildlife Federation [NWF, Fédération nationale de la faune et de la flore sauvages] a compilé une partie des études publiées, notamment sur les maladies causées chez les dauphins, pour démontrer que “la catastrophe continue à avoir un impact”.

Ryan Fikes, un scientifique de la NWF, admet que les informations disponibles sont encore peu nombreuses, et cela pour deux raisons.

 

La première est qu’il faut du temps aux scientifiques pour accomplir leur travail et aux effets de la marée noire pour se manifester. “On ne connaît pas encore tous les effets que va avoir la marée noire, dit-il. Et il nous faudra pas mal de temps avant de pouvoir les constater.” Certaines questions risquent de n’être jamais résolues : les conséquences de la marée noire de l’Exxon Valdez, en Alaska, en 1989, offrent toujours matière à débat.

La deuxième raison est que le gouvernement américain, qui contrôle la procédure du NRDA, garde sous scellés la plupart des résultats. Au plus fort de la marée noire, le golfe était souvent décrit comme une “scène de crime” et les Etats-Unis continuent à recueillir des preuves des dommages pour les utiliser contre BP au tribunal. Les autorités souhaitent donc préserver la confidentialité de ces informations le plus longtemps possible. Les études qui n’ont pas encore été publiées tendent à étayer la théorie gouvernementale selon laquelle la marée noire a causé de graves dommages. Les deux rapports de l’université Stanford ont été coécrits par des scientifiques qui travaillent pour le gouvernement, financés en partie par ce dernier et publiés avec son accord.

Selon Randy Kochevar, lui-même chercheur à Stanford, l’université possède d’autres études sur les effets de la marée noire. Mais elle ne peut en parler en raison d’accords de confidentialité avec le gouvernement. Si l’on en croit Melanie Driscoll, de la National Audubon Society, une organisation œuvrant à la protection des oiseaux, le gouvernement a tendance à ne soutenir que les recherches faisant apparaître des dommages. “Lorsqu’une étude semble démontrer que BP n’a pas causé beaucoup de dégâts, il leur arrive d’y mettre fin”, explique-t-elle. Selon elle, c’est une erreur, car les chercheurs peuvent laisser passer des problèmes qui ne sont pas immédiatement perceptibles.

Cette politique peut également priver BP d’éléments d’information qu’il pourrait utiliser à sa décharge. Certaines preuves de dommages, y compris parmi celles qui semblent les plus solides, sont litigieuses. Ainsi, depuis 2010, on a relevé une nette augmentation du nombre de dauphins trouvés morts dans le golfe, et des scientifiques de la NOAA ont conclu que leur mort ne semblait pas avoir été causée par le virus qui avait provoqué une augmentation similaire sur la côte Ouest.

Une étude effectuée en 2011 dans la baie de Barataria, au sud de La Nouvelle-Orléans, a montré que beaucoup de dauphins étaient malades, amaigris et atteints de lésions pulmonaires. Mais comme ce phénomène a commencé à se manifester en février 2010, avant la marée noire, on peut penser que d’autres facteurs sont en cause. C’est ce qui a conduit BP à contester les conclusions de la NOAA. Il semble également admis que d’autres problèmes du golfe ne sont pas liés à la marée noire causée par BP. Ainsi, l’effondrement des réserves d’huîtres de la Louisiane constaté après la marée noire semble être principalement dû à la décision du gouverneur de l’Etat d’ouvrir des écluses d’eau douce pour tenter d’endiguer le pétrole… Car les huîtres ont besoin d’eau salée pour rester en vie.

Résilience. D’autres indicateurs de la santé du golfe sont ambigus. Ainsi, les prises de la pêche commerciale sont en baisse depuis 2009, mais celles de la pêche sportive de certaines espèces, comme le rouget, ont fortement augmenté. Les tests effectués par des agences gouvernementales depuis novembre 2010 montrent par ailleurs que les fruits de mer pêchés dans le golfe sont propres à la consommation depuis cette date. Le constat de BP est que, “pour beaucoup d’espèces et d’habitats, l’impact environnemental de la marée noire a été moins grave que ce l’on craignait au départ” et que, “grâce à des initiatives et à des efforts de nettoyage sans précédent, on relève des signes clairs d’un retour à la situation initiale [d’avant la marée noire]”.


Martin Preston, spécialiste des marées noires à l’université de Liverpool, convient que l’impact environnemental a été très exagéré. Selon lui, la marée noire causée par BP est loin d’être “la pire catastrophe écologique de l’histoire des Etats-Unis”, ainsi que le président Barack Obama l’avait présentée. Elle s’est finalement révélée moins grave que celle de l’Exxon Valdez. Certes, la quantité de pétrole qui s’est écoulée a été beaucoup plus importante – au moins dix fois plus –, mais les conditions environnementales du golfe du Mexique se prêtent mieux à la réhabilitation. La température de l’eau est plus chaude et une partie du pétrole qui, selon une estimation, s’écoule naturellement au fond de l’eau au rythme de 1 million de barils par an est consommée par des bactéries.

“Ça fait une énorme différence, commente M. Preston. L’évaporation et la dégradation bactérienne du pétrole sont beaucoup plus importantes.” Après l’accident de l’Exxon Valdez, quelque 30 000 carcasses d’oiseaux avaient été découvertes, alors que, dans le golfe du Mexique, on n’a retrouvé que 2 300 cadavres couverts de goudron, même si le nombre de morts est peut-être plus important. On ne pourra évaluer correctement les effets de la marée noire avant d’avoir mené à terme les études en cours et publié leurs résultats.

Selon Mme Driscoll, les écosystèmes sont des systèmes complexes qui compliquent les prévisions. Il est possible cependant que la catastrophe de 2010 s’avère bénéfique pour le golfe. En vertu du Restore Act, une loi de 2012 sur la réhabilitation, 80 % des amendes payées par BP aux termes du Clean Water Act, c’est-à-dire plusieurs milliards de dollars, doivent être consacrés à la réhabilitation du golfe. Selon Sara Gonzalez-Rothi, de la NWF, la loi stipule que la côte, rongée par l’érosion depuis des décennies, doit être “laissée dans un état aussi sain, si ce n’est plus, qu’auparavant”. Au lieu de détruire le golfe, il se peut que BP contribue finalement à lui redonner vie.

Ed Crooks Publié le 21 avril 2014 dans Financial Times Londres

 

http://www.courrierinternational.com/article/2014/04/30/le-reflux-de-la-maree-noire?page=all

 

Carte de marrées noires dans le Golfe du Mexique

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