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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 12:55

frankenfish.jpg 

Ses détracteurs l’appellent le « Frankenfish » : un saumon génétiquement modifié qui grossit deux fois plus vite que ses congénères naturels, baptisé « AquAdvantage » par ses concepteurs.

 

Il pourrait très prochainement être commercialisé aux États-Unis. AquaBounty Technologies, l’entreprise qui a créé ce poisson, assure qu’il n’y aucun risque de dissémination dans la nature. Et si cela se produisait quand même et que plusieurs de ces saumons d’élevage prenaient le large ? L’hypothèse a été étudiée par l’Université Memorial de Terre-Neuve (Canada). Le résultat est effrayant. Les saumons génétiquement modifiés ont été croisés avec des truites sauvages : 40 % des rejetons hybrides issus de ce croisement héritent du gène ajouté artificiellement au génome de leur parent (un gène d’anguille qui accélère la croissance). Et ces hybrides grandissent encore plus vite que le saumon créé par Aquabounty !


Les saumons transgéniques AquAdvantage atteignent leur maturité en 18 mois, au lieu de trois ans pour les saumons « naturels ». Leur poids augmente de 1,9 % par jour (contre 1,5 et 1,7 % pour les saumons et truites « naturels »). Et celui de leurs rejetons hybrides de 2,1 % ! Autre conséquence : la présence de ces hybrides en milieu semi-naturel – les bassins utilisés pour l’expérience – a provoqué la diminution de moitié de la croissance des saumons sauvages. Logique : ils s’accaparent tous les aliments. Et si les rejetons de ces hybrides grossissaient eux-mêmes encore plus vite ? Un scénario catastrophe ?


Poissons mi-saumon mi-truite avec gène d’anguille


Peut-être les saumons hybrides s’en sortiraient-ils moins bien en milieu naturel. Peut-être les croisements entre espèces sont-ils plus rares dans la nature [1]. AquaBounty affirme ne produire que des saumons femelles, stérilisées. La stérilisation n’est cependant efficace qu’à 99,8 %, admet l’entreprise. Elle attend l’autorisation de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis pour pouvoir commercialiser ses saumons transgéniques.


Ces résultats ne donneront-ils pas envie aux créateurs d’animaux GM d’expérimenter d’autres croisements entre espèces ? Les producteurs de saumons GM ne seront-ils pas tentés, pour accroître leurs rendements, de procéder à quelques expériences non autorisées, puisque les rejetons hybrides semblent avoir un net « avantage compétitif » sur leurs parents ? Qui peut affirmer que ces saumons d’élevage, « confinés » dans des bassins, ne se retrouveront pas en masse dans les eaux où leur prolifération deviendra incontrôlable ? La transmission d’un gène d’anguille à des poissons mi-saumon mi-truite vient poser de nouvelles questions sur la transgénèse animale, alors que des cochons génétiquement modifiés avec un gène de souris attendent leur autorisation de mise sur le marché au Canada. Et que les poulets transgéniques, les chèvres avec un gène d’araignée, les lapins et autres poissons-zèbres fluorescents sortent déjà des laboratoires de biotechnologies. Pour le moment, personne n’a encore songé à fabriquer des requins OGM...


- Lire l’étude parue dans Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences, le 29 mai 2013.
- Lire notre enquête Ces animaux mutants que la cuisine génétique vous prépare.

Notes

[1« Le saumon de l’Atlantique (Salmo salar) s’accouple parfois dans la nature avec la truite brune (Salmo trutta), une espèce qui lui est apparentée. Toutefois, les taux d’hybridation dépassent rarement 1%. Par contre, quand ce sont des saumons d’élevage qui se retrouvent dans le milieu naturel, les taux peuvent atteindre jusqu’à 41%. » Source

Par Agnès Rousseaux (31 mai 2013)

 

http://www.bastamag.net/article3102.html

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 11:38

090221 Corail biodiversit

13 août 2012 -

 

Avec 70% de gènes identiques, les oursins et l'homme sont, scientifiquement parlant, de proches cousins. C'est pourquoi cet invertébré intéresse au plus haut point les chercheurs de la Station biologique de Roscoff (29). Leurs recherches offrent de nouvelles perspectives dans le traitement du cancer.

Patrick Cormier et Bertrand Cosson traversent d'un pas assuré la grande salle des aquariums de la Station biologique de Roscoff. Une institution dans le monde de la recherche, dont dépendent 350personnes et qui a ouvert ses portes en 1872, juste en face de l'île de Batz. Direction un grand bac où ils plongent leurs avant-bras pour en sortir de magnifiques oursins. Cela fait des années que ces deux enseignants-chercheurs du CNRS sont aux petits soins pour ces invertébrés marins qui devraient permettre, demain, d'améliorer considérablement le traitement du cancer.

L'oursin: un modèle idéal

Cette grande aventure, au carrefour de la recherche fondamentale et de la médecine, a débuté il y a une dizaine d'années. Pour étudier la division des cellules, les chercheurs se sont penchés sur l'oursin. «C'est un excellent modèle, explique Patrick Cormier. Il est proche de l'homme pour ce qui est des premières phases de développement de l'embryon. De plus, il émet de très nombreux gamètes toute l'année et ses cellules se divisent de façon synchrone et très vite. En seulement deux heures contre 24heures chez l'homme. Autre atout, la fécondation est assez simple à mettre en oeuvre». Après de longues et patientes années de recherches, les équipes de Patrick Cormier et de Bertrand Cosson ont percé les secrets de la reproduction de l'oursin. Ils ont poussé si loin leurs investigations qu'ils en sont arrivés à identifier les molécules qui contrôlent l'entrée dans la division cellulaire. Données parfaitement transposables chez les mammifères.

Collaboration avec le CHU de Brest

«Il y a quelques années, nous avons pris contact avec le professeur Christian Berthou du CHU de Brest. Nous lui avons proposé un rapprochement des deux pôles pour tenter de trouver des solutions thérapeutiques en testant des molécules sur des cellules de patients», poursuit Patrick Cormier. «Nous avons pu mener ce programme grâce, entre autres, aux crédits de la Région et du Département du Finistère. Un médecin du CHU de Brest, le Dr Hussam Saad a travaillé dans nos murs pendant de longs mois». Cette collaboration a débouché, en mars2009, sur le dépôt d'un brevet concernant le rôle anticancéreux d'une molécule, le peptideA1, capable de tuer les lymphocytes malades de la leucémie lymphoïde chronique, une forme de cancer du sang. Cette molécule présente l'énorme avantage de cibler plus spécialement les cellules malades, contrairement aux traitements chimiothérapiques qui ne font pas ce discernement. Le Peptide A1 est toujours en phase de test. «Pour augmenter sa sélectivité, il sera véhiculé par des anticorps qui doivent s'accrocher aux cellules malades. Ils seront produits dans un laboratoire du CNRS, à Montpellier. Les premiers lots devraient être livrés très prochainement. Ensuite, débuteront des tests sur des cellules de patients. Ils dureront six mois environ. Si les résultats sont positifs, ça sera une avancée considérable pour la médecine», poursuivent les deux chercheurs.

Encore quelques années de patience

Reste qu'il faudra plusieurs années après les tests de toxicité pour qu'un médicament arrive sur le marché. «On ne peut pas aller plus vite. Ceux qui sont atteints de leucémie et qui attendent beaucoup de nos recherches ont parfois du mal à l'admettre. Alors on explique». Patrick Cormier et Bertrand Cosson sont d'ardents défenseurs de la recherche fondamentale. «Si nous étions partis du corps humain, nous n'aurions rien trouvé. Les grandes découvertes viennent toujours de là où on ne les attend pas. Pour inventer, il faut penser à côté. La recherche fondamentale nous permet de développer nos connaissances, de trouver d'autres voies biologiques». Certaines se trouvent sûrement dans la lamproie, l'étoile de mer ou les laminaires, autres espèces qui peuplent les aquariums de la station de Roscoff.

Yves Rigault. Profession pêcheur à pied  

 

Didier Déniel

    http://www.letelegramme.com/local/finistere-nord/morlaix/stpoldeleon/roscoff/biologie-des-oursins-contre-le-cancer-13-08-2012-1805261.php

     

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    7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 12:36

    df940905-requin

    Environnement lundi 06 août 2012

    La préfecture de la Réunion a annoncé lundi le lancement d’une opération de pêche d’une vingtaine de requins et un renforcement de la sécurisation de plusieurs spots de surf après une série d’attaques, la dernière remontant à dimanche.


    Pêche à caractère scientifique


    « Dès cette semaine, une vingtaine de requins bouledogues et tigres seront capturés par un pêcheur professionnel », a souligné le secrétaire général de la préfecture Xavier Brunetière, à l’issue d’une réunion de travail avec des élus et des spécialistes du requin.


    « L’opération ne vise pas à réguler la population de requins, car il sera impossible de dire quand la sécurité pourra être assurée. Ce sera une pêche à caractère scientifique, afin d’identifier la présence ou pas de ciguatéra dans l’animal », a-t-il assuré.

     

    Toxine dangereuse pour l’homme


    La ciguatéra est une toxine extrêmement dangereuse pour l’homme dont la présence dans la chair du requin bouledogue est à l’origine de l’interdiction de sa commercialisation. Ce qui n’incite guère les professionnels à le pêcher et participe à la prolifération de cette espèce, selon les associations de surfeurs et les professionnels de la mer.


    La sécurisation des spots de surf consistera à renforcer la présence des vigies-requins, ces personnels chargés d’encadrer les activités des écoles de surf et d’alerter sur la présence de requins, a ajouté Xavier Brunetière. L’élargissement de cette surveillance était une des revendications des représentants de surfeurs.

     

    http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-La-Reunion.-La-prefecture-se-lance-dans-la-peche-aux-requins_39382-2102459_actu.Htm

     

    Commentaire:

     

    La mer, c'est vraiment le bordel, y a trop de bestioles dedans, faudrait que çà serve juste à y jeter les ordures.

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    4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 12:08

    df940905-requin.jpg

    Jupiter Capitolin | Au dessus des dieux !

    Je n’aime pas les surfeurs. Ils ont les dents blanches, l’œil humide, la caipirinha facile et des bracelets brésiliens au poignet. Pire, ils ont tendance à être aimables et accueillants, le genre de personne qui essaye perpétuellement d’être sociable (avec moi, en plus).


    Au cours de mon existence, j’ai été amené à en rencontrer un paquet et, entre deux bières, je leur ai même parlé, un peu, histoire de faire semblant d’être sympa. Le surfeur a sa propre « culture », un mélange de culte du bronzage, de muscles et de blondeur australienne. Comble de l’horreur, j’ai même vu quelques films leur étant destinés. La pudeur m’interdit d’en citer aucun.


    Le requin, lui, a la noblesse des grands prédateurs, chasseur froid et élégant lentement polie par des millions d’années d’évolution et, ce qui ne gâte rien, c’est un acteur de cinéma grandiose. Le commandant Cousteau confirmera. On le trouve un peu partout sur le globe : 465 espèces, l’animal sait s’adapter. Seules cinq sont dangereuses pour le surfeur. Ce qui est trop peu à mon goût, mais pas à celui des autorités.

    Bande Annonce « Les seigneurs de la mer » de Rob Stewart (2006)

    Evidemment le surfeur y perd parfois la vie

    Il se trouve que les mœurs de ces deux types de créatures ont fini par les amener à se rencontrer. Le flap, flap, flap produit par le surfeur en quête d’une vague rappelle au requin le son de ses mets favoris, alors il goûte, par curiosité, avec de recracher avec dédain un mauvais plat. Evidemment, le surfeur y perd un morceau et parfois la vie.

    Le problème est que les surfeurs ont tendance à se multiplier : ils seraient 27 millions selon la Surf Industry Manufacturers Association. Il est partout, même sur des plages pourries du Salvador envahies par les moustiques et les gangsters. Si les vagues sont belles, il n’a peur de rien.


    La situation pour le requin semble moins optimiste. Entre la pêche, la pollution, la dégradation de son environnement et la disparation de ses proies, la survie du requin commence à devenir problématique dans bien des mers, le golfe du Mexique et la Méditerranée en particulier.

    Pourtant, le grand méchant requin revient dans les médias. Le Point nous informait le 17 juillet qu’un grand blanc avait attaqué un surf dude australien. « Faut-il tuer les requins ? » titrait-il. Plus récemment, un jeune homme a succombé suite à une morsure à La Réunion.

    Le requin tue moins que le chien

    Le nombre d’attaques a augmenté ces dernières années selon le Florida Museum of Natural History qui comptabilisait 52 attaques non provoquées dans le monde en 2008, 64 en 2009, 81 en 2010 et 75 en 2011 – tout cela dans un contexte de diminution du nombre de requins et d’augmentation du nombre de surfeurs. Je tiens à le préciser.

    Je n’oserai pas non plus rappeler que le requin tue, je crois, moins (en France c’est certain) que le gentil chien-chien sur Terre (et cela uniquement parce que j’aime les chiens et qu’ils ne s’attaquent pas aux surfeurs).

    A la Réunion, où les attaques étaient rarissimes [les requins ont frappé 30 fois l’homme sur l’île depuis 1980, ndlr], le préfet a décidé en septembre 2011 d’exécuter dix requins. Dix et pas onze ou neuf. L’AFP rapporte les propos du préfet :

    « Il s’agit des requins qui se seraient sédentarisés. Il faut créer un trouble dans cette population. »

    Pauvres bêtes. Oserais-je répondre au préfet que les requins se sédentarisent où ils le veulent et qu’il n’est pas propriétaire de la mer ?

    Des études sont en cours, il n’est pas impossible que l’animal se rapproche des côtes suite à la surpêche, ce qui augmente la dangerosité pour le baigneur.

    Le problème des surfeurs, pas des requins

    Je suis allé demander l’avis de quelques amis surfeurs (euh... connaissances) états-uniens, australiens, brésiliens et quelques argentins. Tous m’ont dit en substance à peu près la même chose :

    « “E a vida !” (C’est la vie, ndlr). Le risque est limité, pour ne pas dire extrêmement faible. Les requins sont importants sur notre planète, les surfeurs nombreux et malgré notre réputation d’idiots du village, nous sommes encore capables d’éviter les lieux les plus dangereux. »

    Personnellement, j’ai une solution de bon vieux libéral : le laisser-faire. Si les surfeurs veulent prendre le risque de servir d’apéritif, grand bien leur fasse. Mais c’est leur problème, pas celui des requins. Qu’on leur foute la paix, voire qu’on contrôle la population de surfeurs pour éviter qu’ils dérangent les requins (par l’information évidemment).

    Je soupçonne même un grand nombre de surfeurs d’être d’accord avec moi. Des amis des bêtes et de la nature en plus, j’vous jure…

     

    http://www.rue89.com/2012/08/03/je-naime-pas-les-surfeurs-jaime-les-requins-234373

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    4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 11:18
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    Environnement vendredi 03 août 2012

    La mort d’un jeune surfeur, tué lundi 23 juillet par un requin à La Réunion, ravive la polémique sur la lutte contre les squales et sur l’existence d’une Réserve marine naturelle.


    Émotion après la mort d’un jeune surfeur fin juillet


    Le décès d’un jeune homme de 22 ans, qui a eu la jambe droite sectionnée par un requin alors qu’il pagayait sur sa planche de surf, lundi 23 juillet 2012, porte à trois le nombre de surfeurs tués par un squale en 13 mois à La Réunion.

    Sur l’île, l’émoi est d’autant plus grand, que l’attaque est survenue sur le spot de Trois-Bassins (côte ouest), que les Réunionnais croyaient préservé des requins.


    Vers une pêche au requin-bouledogue ?


    Aussitôt après l’attaque, le maire de Trois-Bassins, Roland Ramakistin, a interdit la baignade et les activités nautiques sur tout le littoral de sa commune. Thierry Robert, député-maire de Saint-Leu, à La Réunion, a, lui, publié un arrêté autorisant la chasse au requin-bouledogue sur sa commune, qui se situe intégralement au sein de la Réserve marine nationale de La Réunion (RNNR). Mais le maire a dû retirer dès le lendemain son arrêté, « entaché d’illégalité », selon le ministre Victorin Lurel, ministre des Outre-mer.


    Ce dernier a cependant rappelé ses instructions pour que « des activités de pêche aux requins-bouledogues soient effectives, y compris dans la Réserve marine », sous certaines conditions. L’État prendrait à sa charge et encadrerait l’opération de pêche, en participant à la rémunération des professionnels.


    En tout, sept attaques de requin contre des surfeurs, dont trois mortelles, ont été enregistrées à la Réunion depuis janvier 2011. Le requin-bouledogue est suspecté d’être à l’origine de la plupart d’entre elles.


    Surfeurs et pêcheurs unis contre les squales


    « Il faut mettre une pression humaine sur le requin et lui reprendre du terrain, en l’éliminant s’il le faut », a fait valoir Brigitte Sinet, porte-parole de l’association Océan prévention Réunion (OPR). Cette association, dont les positions sont jugées « extrémistes » par des écologistes, réclame notamment de pouvoir investir la Réserve naturelle marine pour chasser le requin du site.


    De nombreux pêcheurs se plaignent de plus en plus de voir leurs prises à moitié dévorées par les requins quand ils remontent leur ligne : « Ils bouffent tous nos poissons », affirme Jean-René Enilorac, le président du Comité des pêches. Nicolas Hoarau, pêcheur depuis 40 ans à Saint-Paul a, lui, observé que les requins viennent « de plus en plus près des côtes », attirés par les poissons de la Réserve ou ceux qui se rassemblent près des bouées délimitant son périmètre.


    « Mettre une réserve au beau milieu d’une zone balnéaire. C’est unique au monde », s’est insurgé Amaury Lavernhe, champion du monde de bodyboard, qui constate que les 3 500 hectares du site, s’étendant de Saint-Paul (ouest) à Etang-Salé (sud), englobent toute la côte ouest où se concentrent les plages et les activités nautiques.


    La Réserve marine de La Réunion au cœur de la polémique


    Pêcheurs et surfeurs en sont donc persuadés : la Réserve serait devenue le « garde-manger » du prédateur. Elle serait responsable de la recrudescence de leurs attaques.


    Mais le Conseil scientifique de la Réserve réfute avec force ces critiques : la prolifération des requins ne peut provenir de celle-ci pour la simple raison que les poissons « ne sont pas encore au rendez-vous ». La Réserve naturelle marine nationale a été créée en 2007. Elle compte, en fonction des zones, 200 à 400 kg de poisson par hectare. C’est « trois fois moins » que sur la plupart des récifs indo-pacifiques, constate Roland Troadec, vice-président du Conseil scientifique. « Relier une augmentation des attaques de requin à l’effet réserve relève d’un raisonnement spéculatif », s’indigne-t-il.


    Pour une autre scientifique de la Réserve, Pascale Chabanet, ce sont les rejets des déchets en mer dus à l’urbanisation qui peuvent expliquer que les requins s’approchent si près des récifs qui ne sont « pas leur milieu de prédilection ».


    « Rien aujourd’hui, en l’état de connaissances vérifiées, ne permet d’affirmer que la Réserve serait à l’origine de la présence des requins sur les côtes réunionnaises », avait assuré la semaine dernière la préfecture après une manifestation des surfeurs. Le préfet avait rappelé que la pêche est autorisée presque partout dans la réserve, hormis la zone de « protection intégrale » qui représente 5 % seulement de sa superficie.


    Pas de requin sédentaire près des côtes


    Les premières conclusions d’une étude de l’IRD (Institut de recherche pour le développement), rendues publiques au début du mois, concluent à l’absence de requins sédentaires près des côtes.

    Les requins bouledogue, à l’origine de la plupart des attaques, « sont le plus souvent seuls, font des excursions à la côte mais passent principalement leur temps au large », selon l’étude.


    Dans ce contexte, l’élimination de quelques individus près des côtes n’aurait « aucune incidence sur leur présence, leur nombre évoluant constamment », assure Antonin Blaison, spécialiste des requins, rappelant qu’une « expérience de prélèvement menée à Hawaï n’a produit aucun résultat ».


    Les associations écologistes sont également totalement opposées à une telle mesure jugée « irresponsable » pour l’écosystème du parc marin. Comme le rappellent régulièrement les scientifiques, les accidents avec les requins sont surtout dus à l’augmentation des activités humaines aquatiques de loisir.


    Balises acoustiques pour suivre les requins


    « Si les pêcheurs viennent pour attraper le requin dans la Réserve, ils vont en pêcher très peu », prédit de son côté Marc Soria, chercheur à l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et coordinateur de l’étude financée par l’Etat pour connaître le comportement des requins.


    Depuis décembre, une vingtaine de requins ont été marqués avec des balises acoustiques pour suivre leurs déplacements. « C’est la seule façon de comprendre ce qui se passe. Si certains de ces requins marqués sont tués, il va falloir tout recommencer », s’inquiète M. Soria.


    EELV dénonce la position du ministre


    De son côté, Europe Écologie - Les Verts déplore les propos tenus par le ministre des Outre-mer Victorin Lurel : « Sa prise de position en faveur de la reprise de fait de la pêche aux requins, qui plus est dans la Réserve marine nationale, nous interpelle, d’autant que cela se matérialisera concrètement par une aide de l’Etat aux collectivités qui subventionneraient les pêcheurs « au kilo de viande de requin ramené » », indique le communiqué signé du porte-parole d’EELV, Jean-Philippe Magnen.


    Pour EELV, « il n’existe aucune donnée scientifique permettant d’incriminer la Réserve marine dans la recrudescence des attaques de requins » et « nul ne peut affirmer que des prélèvements massifs de requins apporteraient un surcroît durable de sécurité ».


    « Un tel appel à la chasse sans limite n’aurait qu’un résultat assuré : mettre un peu plus en péril une espèce, reconnue comme régulatrice de la vie sous-marine », concluent les écologistes.

     

    http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-La-Reunion.-Polemique-autour-des-requins-apres-la-mort-d-un-surfeur_39382-2101765_actu.Htm

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    9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 09:54

     

    090221 Corail biodiversit

    7 juin 2012 à 21:46

    Surpêche, acidification sans précédent… A dix jours du sommet Rio +20, les océans sont au plus mal.

    Par LAURE NOUALHAT

    Ils recouvrent les deux tiers de la surface de la planète, abritent une diversité exceptionnelle et fournissent des ressources inestimables aux hommes. Ils régulent notre climat et ont un rôle capital dans les cycles biogéochimiques. Pour ces mêmes raisons, les océans sont mal en point. Dans ce monde bleu et silencieux, tous les voyants sont au rouge. Petit tour d’horizon à l’occasion de la Journée mondiale des océans.


    Une Indigestion de  CO2


    Les océans sont des puits de carbone. Au cours des deux cents dernières années, ils ont absorbé près de la moitié du CO2 issu de la combustion des carburants fossiles : charbon, gaz naturel, pétrole, soit 120 milliards de tonnes depuis les débuts de l’ère industrielle. «Conséquence : le pH de ces eaux est aujourd’hui de 8,1, soit une baisse de 0,1 unité au cours du XXe siècle», précise Eric Douvielle, du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Chaque jour, 25 millions de tonnes de gaz carbonique se combinent à l’eau de mer.

     

    Les émissions de CO2 poursuivant leur ascension, l’acidification va s’intensifier : au rythme actuel, le pH des eaux de surface océaniques pourrait diminuer, d’ici à la fin du siècle, de 0,3 à 0,5 unité. «Il s’agirait du pH le plus bas enregistré depuis 300 millions d’années», affirme Eric Douville. Un phénomène qui constitue une menace directe pour les coraux, les mollusques, le phytoplancton calcaire, car l’acidification altère le processus de calcification qui leur permet de fabriquer squelettes externes ou coquilles. «Dans le passé, les espèces avaient réussi à s’adapter parce que le processus d’acidification s’était étalé sur 10 000 ans et ne concernait que 0,1 unité de pH, explique Douville. Impossible de savoir si les écosystèmes marins parviendront à s’adapter à de telles variations en un siècle.»


    Des stocks de poissons massacrés


    La pêche a progressé à un rythme infernal au cours des cinquante dernières années, multipliant les prises par cinq. Au niveau mondial, 100 millions de tonnes de poissons sont prélevées chaque année, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). «Dans les eaux européennes, un quart des stocks diagnostiqués sont en dehors des limites de sécurité biologique, notamment le thon rouge ou le cabillaud de mer du Nord», précise Alain Biseau, responsable des expertises halieutiques à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).


    Sauver les ressources sera l’enjeu de la future politique commune des pêches (PCP), qui doit entrer en vigueur en 2013. Au menu : l’interdiction des rejets de pêche en mer, le développement de l’aquaculture et, grande innovation, l’attribution aux pêcheurs d’un quota individuel transférable, qui permettrait aux flottes d’atteindre le rendement maximal durable de tous les stocks en 2015 (pêcher au maximum de 20 à 30% des adultes, selon l’espèce). Tout pêcheur pourra vendre ou exploiter ce droit de pêche.


    En vingt ans, l’Union européenne a dépensé 3,5 milliards d’euros pour réduire ses flottes. En vain. «On a cassé les petits bateaux qui ne faisaient pas de mal aux stocks, pour les remplacer par des bateaux-usines gigantesques», analyse Stéphan Beaucher, conseiller de l’ONG Océan 2012. «La future PCP ne laisse aucune place à la petite pêche ou à la pêche artisanale», déplore François Chartier, chargé du dossier à Greenpeace, et qui plaide pour une pêche moins prédatrice. En dix ans, le secteur a perdu 20 000 emplois.


    Une Gouvernance aux abonnés absents


    Trente ans après la mise en place de la convention des Nations unies sur le droit de la mer, aucun texte ne protège la haute mer. Dans ces zones situées hors de toute juridiction nationale, c’est un peu le Far West, tout le monde se sert et pollue à volonté. «C’est la loi du premier arrivé, premier servi. N’importe quelle entreprise ou n’importe quel Etat peut prospecter, exploiter ou même breveter le vivant, explique Céline Mesquida, administrative de France Nature Environnement.

     

    Il y a un vide juridique sur 70% des océans. Le seul principe juridique en vigueur, c’est la liberté.» De fait, le nombre de brevets déposés sur la vie marine augmente de 10% par an. Créer un protocole, dans la même veine que celui de Kyoto, et imposer des règles, sera un des dossiers sur la table de négociations du sommet Rio +20 qui se tiendra du 20 au 22 juin. Mais ce point oppose les Etats-Unis, le Japon, la Russie, l’Islande et la Norvège, d’un côté, l’Union européenne et le G77 (qui rassemble 132 pays en développement) de l’autre. Et les premiers s’opposent à l’idée même de discuter du sujet…

     

    http://www.liberation.fr/terre/2012/06/07/ce-n-est-pas-la-fete-des-mers_824500

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    9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 13:52

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    PAR SIMON GOUIN (9 MAI 2012)


    Les crevettes peuvent-elle être écolos ?

    Après le soja et l’huile de palme « responsables », c’est la crevette qui attire les critiques contre le WWF, qui travaille à une certification « écologique » de la filière.

    Une centaine d’ONG ont remis à l’association environnementale une lettre ouverte [1] pour dénoncer le Dialogue autour de l’aquaculture de la crevette [2], qui vise à créer une nouvelle certification afin de réduire l’impact environnemental de l’industrie de la crevette.

    D’après le WWF, cinq millions de tonnes de crevettes sont consommées chaque année. Une consommation qui ne cesse de progresser. Un tiers des crevettes provient des fermes aquacoles, principalement de Chine, mais aussi de Thaïlande, d’Indonésie, d’Inde, du Vietnam, du Brésil, d’Équateur et du Bangladesh.

    Le développement de cette aquaculture s’exerce au détriment des mangroves, détruites pour faire place à de nouveaux bassins. À cela s’ajoute une pollution de l’eau et des terres côtières due aux déchets organiques rejetés par les crevettes, à l’eau salée, aux produits chimiques et aux antibiotiques utilisés par cette industrie. Les populations locales sont parfois privées de leur accès aux zones côtières.

    Les standards de certification impulsés par le WWF permettront-ils une production plus respectueuse de l’environnement ? La certification provoquera plus de dommages locaux, estiment les associations dans leur lettre ouverte.

    En cause, notamment : la méconnaissance des conséquences de l’industrie sur les populations locales, la surreprésentation de l’industrie dans les négociations et des standards trop faibles. Ces derniers auraient été nettement affaiblis, au fil de leur élaboration, afin de s’assurer « qu’au moins 20 % de la production industrielle de crevettes puissent être immédiatement certifiés une fois les standards publiés ».

    En plaçant « un timbre vert » sur la crevette tropicale, le label du WWF pourrait aussi accentuer la demande de ce produit, critiquent les signataires de la lettre ouverte. Et donc finalement promouvoir et accélérer l’expansion de cette industrie.

    Notes

    [1] Lettre diffusée le 24 avril 2012. Une première version de la lettre avait déjà été publiée en mai 2011.

    [2] Shad, pour Shrimp Aquaculture Dialogue, impulsé en 2006 par le WWF

    En savoir plus

    - Comment Monsanto transforme miraculeusement son soja OGM en soja "responsable"

    - L’écolabel de WWF : développement vraiment durable ou simple greenwashing

    Lire aussi :

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    10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 08:34

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    Le Japon, qui n'a pêché que le tiers des baleines qu'il comptait prendre, dénonce les «sabotages» des écologistes de Sea Shepherd.

    Le Japon a annoncé vendredi la fin de sa campagne annuelle de pêche à la baleine dans l'Antarctique, avec un tiers seulement du nombre de cétacés qu'il comptait capturer, en raison des «actes de sabotage» des militants écologistes.

    L'Agence des pêches nippone a indiqué que la flotte avait pris le chemin du retour «comme prévu», mais a reconnu que les prises avaient été bien inférieures aux objectifs fixés.


    Les baleiniers, partis du Japon en décembre, ont capturé 266 baleines de Minke et un rorqual, a précisé l'Agence, soit moins d'un tiers des quelque 900 cétacés qu'ils comptaient tuer pendant cette saison de pêche.

    «Les prises ont été inférieures à ce qui avait été prévu en raison des conditions climatiques et des actes de sabotage perpétrés par des militants», a-t-elle expliqué. «Il y a eu incontestablement des campagnes de sabotage derrière ces chiffres.»


    Les militants de l'association de défense de l'environnement Sea Shepherd, basée aux Etats-Unis, ont poursuivi comme chaque année les baleiniers nippons à bord de leurs propres navires pour empêcher la capture des cétacés, en lançant des bombes puantes et en bloquant les hélices à l'aide de filins.


    L'an dernier, le Japon avait été contraint d'interrompre prématurément sa campagne de pêche à cause du harcèlement des militants écologistes, après avoir capturé seulement 172 baleines, soit un cinquième de leur objectif.


    Officiellement, les activités de la flotte nippone dans l'Antarctique sont destinées à la «recherche scientifique», une pratique tolérée par la Commission baleinière internationale qui interdit la chasse commerciale au cétacé depuis 1986.


    Les autorités japonaises affirment que cette pêche fait partie intégrante de la culture nippone, sans cacher que la viande de baleine termine sur les étals.


    L'Australie a accueilli avec satisfaction la décision du Japon de rappeler sa flotte baleinière, en rappelant son opposition à toute chasse commerciale «y compris la prétendue campagne "scientifique" du Japon».

    «Les activités baleinières nippones sont contraires au droit international», a affirmé le gouvernement australien dans un communiqué.


    «C'est pourquoi l'Australie a entamé et va poursuivre une plainte auprès de la Cour internationale de justice. Nos efforts visent à mettre fin pour de bon à la pêche baleinière dans l'Antarctique.»

    L'organisation Sea Shepherd a annoncé sur son site internet qu'elle interrompait aussi pour cette année sa campagne contre la chasse nippone.


    «Ça a été une campagne couronnée de succès. Pas aussi bien que l'an dernier, mais bien mieux que toutes les années passées», a commenté Paul Watson, le fondateur canadien de Sea Shepherd.

    (AFP)

     

    http://www.liberation.fr/terre/01012394898-les-baleiniers-japonais-loin-de-leur-objectif-de-prises-rentrent-au-port-pour-cette-annee

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    7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 13:13
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    25 janvier 2012
     

    DE TALCAHUANO, CHILI -

     

    Eric Pineda observe dans la cale de l’Achernar la petite dizaine de tonnes de chinchards que ce bateau de 17 mètres a ramenées en quatre jours dans des eaux autrefois si poissonneuses qu’on emplissait les cales en quelques heures. Comme tous les habitants du vieux port de Talcahuano, au sud de Santiago du Chili, cet agent de quai a toujours connu ce poisson de couleur bronze et plein d’arêtes qui se déplace en bancs dans le Pacifique sud.


    « Les stocks diminuent rapidement, remarque Pineda. Nous devons faire vite avant que tout ait disparu. » A la question de savoir si son fils pourra faire le même métier que lui, il répond en haussant les épaules : « Il faudra qu’il trouve autre chose. » Mais quoi ? Les scientifiques estiment que les stocks de chinchards sont passés de 30 millions de tonnes à moins de 3 millions en vingt ans. Après avoir épuisé d’autres océans, les plus gros chalutiers du monde se rendent désormais à la limite de l’Antarctique et se livrent à une concurrence féroce pour mettre la main sur ce qui reste. Le chinchard est alors pêché au large du Pérou et du Chili, le long d’une côte s’étendant sur 6 000 km, jusqu’à une longitude d’environ 120 degrés, soit à mi-distance de la Nouvelle-Zélande.


    Poisson gras riche en protéines, le chinchard représente une véritable manne pour une planète affamée et constitue une denrée de base en Afrique. Ailleurs, les gens en mangent sans le savoir ; une bonne partie des prises est transformée en aliments pour l’aquaculture et les porcs. Il faut au moins 5 kg de chinchards pour obtenir 1 kg de saumons d’élevage. Classé comme petit pélagique, il est aussi un élément essentiel de la chaîne alimentaire : sillonnant les mers sur de grandes distances, il se nourrit de plancton et de petits organismes et sert lui-même de nourriture à des poissons plus gros. Les poissons fourrage comme le chinchard, les anchois, les merlans bleus, les sardines, les maquereaux ou les harengs représentent le tiers de la pêche mondiale.


    Une enquête menée dans huit pays par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) sur l’industrie de la pêche dans le Pacifique sud montre en quoi la situation critique de l’humble chinchard est le signe annonciateur d’un effondrement progressif des ressources halieutiques dans tous les océans. Leur sort est le résultat direct de plusieurs décennies de pêche mondiale incontrôlée, encouragée par les rivalités politiques, la rapacité, la corruption, la mauvaise gestion et l’indifférence de l’opinion.


    Daniel Pauly, océanographe à l’université de Colombie-Britannique (ouest du Canada), considère le chinchard du Pacifique sud comme un indicateur inquiétant. « Quand il aura disparu, tout le reste aura disparu, estime-t-il. C’est une frontière qui se fermera. »


    Des délégués d’au moins vingt pays se réunissent le 30 janvier à Santiago pour une rencontre annuelle afin de tenter de trouver des mesures susceptibles d’enrayer le pillage : la South Pacific Regional Fisheries Management Organization (SPRFMO) a été créée en 2006 à l’initiative de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Chili, lequel évite généralement de s’impliquer dans des organismes internationaux. Son objectif était de protéger les poissons, notamment le chinchard. Mais il aura fallu près de quatre ans à quatorze pays pour adopter 45 articles provisoires visant à assurer cette protection. Jusqu’à présent, six pays seulement ont ratifié l’accord. Pendant ce temps, des flottes industrielles qui ne sont soumises qu’à une retenue volontaire se livrent à une compétition effrénée dans ce no man’s land aquatique du bout du monde. Les scientifiques estiment qu’entre 2006 et 2011, les stocks de chinchards ont chuté de 63 %.


    Pour devenir contraignante, la convention de la SPRFMO a besoin de huit nouvelles signatures, parmi lesquelles celle d’un pays côtier sud-américain. Le Chili, qui a pourtant joué un rôle de premier plan pour mettre en place l’organisation, n’a toujours pas ratifié la convention.


    Au départ, la SPRFMO avait décidé de fixer chaque année aux pays membres des quotas fondés sur le tonnage annuel total des bateaux que chacun d’entre eux aurait déployés entre 2007 et 2009. Pour s’assurer un tonnage maximum, les flottes se ruèrent alors vers le sud. Et les chalutiers chinois arrivèrent en masse, parmi d’autres bateaux provenant d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Sud.


    L’un de ces nouveaux venus, l’Atlantic-Dawn, était à l’époque le plus gros bateau de pêche du monde. Jaugeant quelque 14 000 tonnes, il avait été construit pour des armateurs irlandais, puis racheté par l’entreprise néerlandaise Parlevliet & Van der Plas, qui le rebaptisa Annelies-Ilena. Ce genre de super-chalutier traque le chinchard avec des filets dont les ouvertures peuvent mesurer jusqu’à 25 mètres sur 80 mètres. Quand on remonte les chaluts, les poissons sont aspirés vers les cales par des tubes suceurs semblables à des aspirateurs géants.


    Gerard van Balsfoort, président de la Pelagic Freezer-trawler Association (PFA), un organisme basé en Hollande qui représente neuf entreprises et 25 bateaux battant pavillon de l’Union européenne (UE), confirme l’évidence : comme les autres, les Néerlandais sont allés dans le Pacifique sud pour marquer leur territoire. « C’était l’une des rares zones où l’on pouvait pénétrer librement, explique Gerard van Balsfoort. On savait bien que trop de bateaux risquaient de se retrouver là-bas, mais nous n’avions pas le choix. Plus vous tardiez à prendre votre décision, plus vous risquiez de trouver porte close. » En 2010, la SPRFMO a dénombré 75 bateaux pêchant dans sa zone.


    La ruée sur le chinchard a également attiré le premier acteur commercial du secteur, le Pacific Andes International Holdings, ou PacAndes, basé à Hongkong. L’entreprise a dépensé 100 millions de dollars en 2008 (77,5 millions d’euros) pour convertir un tanker de 228 mètres de long et de 50 000 tonnes en une usine flottante baptisée Lafayette. D’une longueur supérieure à deux terrains de football, le Lafayette, qui navigue sous pavillon russe, aspire directement les poissons pris dans les chaluts immergés puis les congèle par blocs. Des navires réfrigérés les transportent ensuite vers de lointains ports.


    S’il opérait tous les jours, le Lafayette aurait à lui seul la capacité technique de traiter 547 000 tonnes de poisson par an. En septembre 2011, les scientifiques sont parvenus à la conclusion que des prises d’un montant annuel supérieur à 520 000 tonnes réduiraient un peu plus les stocks restants de chinchards. Cristian Canales, qui travaille pour le centre de recherche chilien de la pêche, estime que 250 000 tonnes constitueraient une limite plus sûre. En désaccord avec ces chiffres, certains experts affirment que le seul moyen de reconstituer les stocks serait d’interdire totalement la pêche durant cinq ans.

    L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) affirme que les flottes mondiales de pêche sont « 2,5 fois plus importantes que nécessaire ». Cette estimation a été faite à partir d’un rapport établi en 1998 ; depuis lors, la taille des flottes a encore augmenté. Si elles ne sont pas réglementées, elles pourraient rapidement dévaster les stocks.


    Selon les experts, une bonne part de cette surcapacité a été provoquée par les subventions gouvernementales, notamment en Europe et en Asie. Un important rapport, rédigé par Rashid Sumaila en collaboration avec l’océanographe Pauly et d’autres spécialistes de l’université de Colombie-Britannique, estime qu’en 2003 - date des dernières données disponibles -, le montant global des subventions à la pêche se situait entre 25 milliards et 29 milliards de dollars. Entre 15 % et 30 % de ces subventions paient le carburant nécessaire pour rejoindre les zones de pêche, tandis que 60 % sont consacrés à moderniser et accroître la capacité des équipements.

     

    L’étude indique que les subventions chinoises s’élevaient à 4,14 milliards de dollars, et celles de la Russie à 1,48 milliard de dollars.


    Un rapport publié en décembre 2011 par le groupe écologiste Greenpeace se penche notamment sur le cas de PFA, l’association hollandaise, qui représente aussi l’Annelies-Ilena. Greenpeace a découvert que le groupe avait bénéficié de 2006 à 2011 d’une exemption de taxes sur le carburant pour un montant situé entre 20,9 et 78,2 millions d’euros. Compilé par un consultant indépendant pour le compte de Greenpeace, le rapport estime que les profits annuels moyens de PFA, soit environ 55 millions d’euros, n’atteindraient, selon une hypothèse optimiste, que 7 millions d’euros sans l’aide du contribuable. Selon l’hypothèse la plus pessimiste, PFA perdrait en réalité 50,3 millions d’euros. Des fonds de l’Union européenne - ainsi qu’un soutien financier de la part de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France - ont aidé PFA à construire ou à moderniser quinze chalutiers, soit plus de la moitié de sa flotte.


    D’après les données de la Commission européenne présentées sur le site Fishsubsidy.org, l’Helen-Mary de PFA, qui a commencé à pêcher dans le Pacifique sud en 2007, a reçu 6,4 millions d’euros de subventions entre 1994 et 2006, soit plus que tout autre navire de pêche de l’UE. Van Balsfoort, le président de PFA, ne conteste pas les montants des subventions mais souligne que les exemptions de taxe sur le carburant sont routinières dans l’industrie de la pêche. Il précise que l’Helen-Mary et un autre navire de PFA étaient de vieux chalutiers est-allemands qui ont été rénovés avec l’appui de l’Allemagne après la réunification.


    Selon la pratique internationale, les bateaux peuvent pêcher librement dans les zones qui ne sont pas couvertes par des accords ratifiés. L’Union européenne demande toutefois aux bateaux des Etats membres de considérer les mesures provisoires de la SPRFMO comme juridiquement contraignantes. En outre, les pays de l’UE doivent se répartir un quota annuel de prises pour le chinchard. Mais cela n’empêche pas les propriétaires des navires de contourner ces règles.


    Unimed Glory, par exemple, une filiale de la compagnie grecque Laskaridis Shipping, gère trois chalutiers dans le Pacifique sud. Ils appartiennent à des propriétaires grecs, donc membres d’un pays de l’UE. Mais, naviguant sous pavillon de Vanuatu, une île du Pacifique, ils opèrent en dehors du contrôle de Bruxelles et peuvent en conséquence pêcher plus de chinchards que ce que leur autoriserait une part du quota européen.


    Per Pevik, l’administrateur norvégien d’Unimed Glory, a déclaré à l’ICIJ que, étant donné que Vanuatu ne répond pas aux normes sanitaires de l’UE, le chinchard que ses bateaux rapportent ne peut être commercialisé en Europe. Il le vend donc en Afrique. A la question de savoir si les autorités européennes voient la moindre objection à ce qu’il navigue sous pavillon de Vanuatu, il répond : « Non, on ne m’embête pas avec ça. »


    Les transbordements de prises en pleine mer empêchent également un contrôle efficace. Une fois que le poisson est chargé sur des navires réfrigérés à long rayon d’action, son origine peut être aisément dissimulée.

    Après des années de pêche agressive, les flottes industrielles trouvent de moins en moins de chinchards dans le Pacifique sud : l’ensemble des navires voguant sous des pavillons appartenant à l’Union européenne ont capturé plus de 111 000 tonnes de chinchards en 2009 ; l’année suivante, les prises ont été de 40 % inférieures ; en 2011, le total a atteint péniblement 2 261 tonnes.


    Aujourd’hui, Gerard van Balsfoort, le patron de PFA, pense qu’on a trop pêché à un moment où les stocks de chinchards connaissaient une phase de diminution naturelle. « On a beaucoup trop prélevé en trop peu de temps. L’ensemble de la flotte est responsable », y compris PFA, précise-t-il.


    PacAndes, l’autre grand acteur, constitue un mystère à l’intérieur d’une énigme. Son navire amiral de 50 000 tonnes, le Lafayette, est enregistré auprès de la compagnie d’investissement Kredo à Moscou et navigue sous pavillon russe. Kredo - au travers de quatre autres filiales - appartient au China Fishery Group de Singapour, lui-même domicilié dans les îles Caïmans.


    China Fishery et Pacific Andes Resources Development appartiennent au holding Pacific Andes International, basé à Hongkong mais qui dépend d’un autre holding enregistré aux Bermudes. PacAndes, qui est coté à la Bourse d’Hongkong, réunit plus d’une centaine de filiales dans ses diverses branches ; néanmoins, son réseau mondial en partie opaque comprend de nombreuses autres filiales. Un de ses principaux investisseurs est le groupe américain Carlyle, qui a acquis pour 150 millions de dollars d’actions en 2010.


    Le China Fishery Group a annoncé en 2011 une hausse de 27,2 % de ses revenus, qui sont passés de 538,9 millions à 685,5 millions de dollars, ce qui représente 55 % des revenus d’activité de PacAndes. La compagnie attribue cette hausse au renforcement de ses opérations dans le Pacifique sud et au succès de ses unités de production de farine de poisson au Pérou.


    Ng Joo Siang, 52 ans, jovial diplômé de l’université de Louisiane et grand amateur de golf, dirige PacAndes comme l’affaire familiale qu’elle est restée malgré son inscription en Bourse. Son père, un Chinois de Malaisie, a emmené toute la famille à Hongkong en 1986 pour y lancer une affaire de produits alimentaires marins. Lorsque le conseil d’administration se réunit dans la sobre salle de conférence dominant le port, c’est sous son portrait accroché au mur que s’installent sa veuve, actuelle présidente de l’entreprise, ses trois fils et sa fille.


    « Mon père m’avait dit que les océans étaient sans limite, explique Ng Joo Siang. Mais c’était une erreur. Nous ne voulons pas porter tort aux ressources, ni que l’on nous reproche de les avoir dégradées. Je pense que cela mécontenterait nos actionnaires. Et je ne crois pas que nos enfants apprécieraient. » Il admet avec regret que PacAndes est confronté à un grave problème d’image.


    En 2002, une compagnie affiliée à PacAndes a été accusée de pêche illégale dans l’Antarctique. Ng Joo Siang nie toute malversation et tout lien avec les bateaux incriminés, mais ses adversaires maintiennent leurs accusations. Des diplomates néo-zélandais ont raconté à l’ICIJ qu’à l’époque un avocat russe travaillant pour la compagnie en cause aurait menacé un cadre des pêcheries d’Auckland en lui montrant des photos de sa famille. Invité à commenter cette information, Ng Joo Siang la nie catégoriquement et la qualifie de nouvelle calomnie lancée par des gens que le succès de PacAndes contrarie.


    Résolu à restaurer l’image de sa compagnie, Ng Joo Siang a engagé un spécialiste de la responsabilité sociale en entreprise et affirme qu’il est prêt à accueillir des scientifiques à bord de ses navires afin d’aider à la préservation des stocks de poisson. Mais lorsqu’on mentionne devant lui la limite de 520 000 tonnes de poisson pêché recommandée par la SPRFMO, il s’esclaffe. « Et c’est fondé sur quoi, ce chiffre ? », interroge-t-il en tendant son index mouillé comme pour relever la direction du vent.


    Ng Joo Siang explique que le Lafayette arbore un pavillon russe parce qu’il a concrétisé une vieille idée soviétique : un navire amiral qui reste immobile en mer et récupère les prises effectuées par une flottille de petits chalutiers. Des experts du secteur soupçonnent qu’une autre raison est l’opacité dans laquelle baignent les activités industrielles en Russie. Le Lafayette, indique Ng Joo Siang, ne peut pas lui-même pêcher, mais il peut servir à mettre en place un « chalut de paire » : maintenir l’extrémité d’un filet relié à un autre navire, lequel hisse les prises à son bord. Une inspection française effectuée à Tahiti en janvier 2010 n’a trouvé aucun équipement de pêche à son bord.


    Roberto Cesari, principal délégué de l’UE auprès de la SPRFMO, qui doit se réunir le 30 janvier, a déclaré à l’ICIJ qu’il n’attend pas de ratification des accords avant 2013. Les textes entreraient donc en vigueur après sept années de forte chute des stocks de chinchards. La SPRFMO a réduit de 40 % les quotas volontaires pour l’année 2011, mais la Chine, entre autres, s’y est tout d’abord refusée.

     

    Pékin a toutefois fini par accepter de réduire ses quotas de 30 %. Selon Roberto Cesari, l’UE tente de faire pression pour parvenir à un indispensable consensus, mais son poids est limité. « Nous avons officiellement fait part de notre mécontentement à la Chine et à la Russie, indique-t-il. Mais chacun sait bien que ces deux pays ne sont pas des acteurs de second plan sur la scène internationale. Ce sont des géants. »


    Duncan Currie, juriste environnemental en Nouvelle-Zélande qui travaille avec la Deep Seas Conservation Coalition, considère la situation du chinchard comme un cas d’école. Ce poisson se déplace en bancs dans une zone bien délimitée et est pourchassé par un nombre relativement restreint de flottes. « Une question-clé vient immédiatement à l’esprit, conclut-il. Si nous n’arrivons pas à sauver le chinchard, que pourrons-nous sauver ? »


    Milagros Salazar (Perou), Juan Pablo Figueroa Lasch (Chili), Joop Bouma (Pays-Bas), Irene Jay Liu (Hong Kong), Nicky Hager (Nouvelle Zélande), Roman Anin (Russie) and Kate Willson (USA) ont contribué à ce rapport.


    Enquête de l’International Consortium of Investigative Journalists




    * LE MONDE GEO ET POLITIQUE | 29.01.12 | 14h46 • Mis à jour le 30.01.12 | 15h10.

    * Traduit de l’anglais par Gilles Berton.

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    6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 13:07

    Par Sophie Chapelle (6 janvier 2012)

    On le dit bon pour le cœur, la circulation et la lutte contre certains cancers. Le saumon, paré de ses vertus en Oméga-3, cache pourtant une autre réalité. Depuis plusieurs mois, le saumon d’élevage norvégien est nourri au pesticide. C’est la seule solution qu’auraient trouvée les pisciculteurs pour lutter contre un parasite naturel. Avec de possibles effets cancérogènes pour l’Homme. Et une catastrophe environnementale avérée pour la faune aquatique.

     

    Les saumons d’élevage norvégiens qui finissent en filet dans les rayons réfrigérés des supermarchés avant d’atterrir dans nos assiettes sont nourris aux pesticides. Cette information, révélée en juin 2010 dans l’émission Pièces à conviction (France 3), fait l’objet d’un nouveau rapport d’une ONG norvégienne, Green Warriors. Les français sont directement concernés puisque 80 % des saumons qu’ils consomment – près de 100 000 tonnes importées chaque année ! – viennent des fjords norvégiens. Or, c’est au cœur de ces vallées glaciaires que le saumon est victime des attaques d’un parasite naturel, le pou de mer.

    Connu depuis longtemps des biologistes, le pou de mer est un petit crustacé de 8 à 12 mm qui se nourrit de la peau, du sang et du mucus des poissons, provoquant de grosses tâches marrons sur le dos du saumon. Sa prolifération est devenue le cauchemar des propriétaires de fermes piscicoles norvégiennes. Pendant des années, les pisciculteurs ont traité les poux de mer à coups d’antibiotiques, mais cela ne fonctionne plus. Pour « épouiller leurs stocks », ils utilisent désormais du diflubenzuron, un produit chimique reconnu comme pesticide. Ils le mettent dans la nourriture avant de le déverser dans les cages où se pressent des dizaines de milliers de saumons.

     

    Un pesticide interdit en Europe mais autorisé en Norvège


    Dès juin 2010, cette information conduit Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, à écrire à son homologue norvégienne : « Cette substance ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) communautaire ou française en tant que médicament vétérinaire. Elle est réservée au traitement phytopharmaceutique de certaines espèces végétales et à la désinsectisation des bâtiments d’élevage ». Et de conclure : « Pour ces raisons, son administration aux poissons destinés à la consommation humaine n’est pas autorisée » [1]. Le saumon norvégien traité au diflubenzuron ne devrait donc pas arriver dans les assiettes des consommateurs français.

     

    Invitée à expliquer les conditions d’emploi de ce pesticide, la Ministre norvégienne ne tarde pas à répondre. Dans un courrier du 23 juin 2010, Lisbeth Berg-Hansen dénonce des « informations fallacieuses » [2]. Car si elle reconnaît l’utilisation de cette substance chimique dans les élevages norvégiens, elle assure qu’elle « est soumise à un strict contrôle vétérinaire » et que le pesticide a obtenu une autorisation nationale de mise sur le marché comme produits vétérinaires. Se voulant rassurante, elle précise qu’un délai de 100 jours est respecté entre l’administration du produit et la commercialisation. De quoi éviter le dépassement des limites maximales de résidus de pesticides [3] dans la chair animale, assure-t-elle.

     

    Toxique pour les poissons, cancérogène pour les humains


    Faut-il, comme Bruno le Maire, se contenter de cette explication en assurant que « l’ensemble des conditions de sécurité » sont réunies (voir sa réponse) ? L’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) a clairement établi en 2009 que le diflubenzuron est « hautement toxique pour les organismes aquatiques » [4]. L’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis (EPA) confirme cette toxicité « pour les invertébrés aquatiques d’eau douce et les mollusques marins » [5], affectant leur reproduction et leur croissance. Le mode d’emploi du diflubenzuron stipule précisément que ce pesticide est « dangereux pour l’environnement » et « très toxique pour les poissons ». Rien n’y fait : en Norvège, on continue d’en gaver les saumons.

     

    Le rapport de l’ONG Green Warriors fait mention d’une autre étude de l’EPA. Elle montre que lorsqu’un mammifère ingère du diflubenzuron, une nouvelle substance (dite « 4-chloroaniline » ou « PCA ») peut se former dans leur intestin et leur estomac. Or, comme l’indique l’Agence américaine mais aussi l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), la PCA comporte des effets cancérogènes pour l’homme et constitue un possible perturbateur endocrinien [6]. Le diflubenzuron ne serait donc pas cancérigène en lui-même mais peut en revanche devenir, lorsqu’il est ingéré, une substance cancérigène. Cette substance serait également « très toxique par inhalation, ingestion ou pénétration par la peau », ajoute l’Université d’Oxford.

     

    Un marché de 5,3 milliards d’euros...


    Ce que craint l’ONG Green Warriors, c’est que ce pesticide contamine les espèces sauvages. « Environ 90 % du diflubenzuron ingéré par les poissons s’échappe par les matières fécales », mentionne leur rapport. Or, ces substances sont emportées par les courants du fjord et se répandent dans l’environnement, en adhérant fortement aux sédiments et matières organiques. D’après Green Warriors, les pesticides sont diffusées dans un rayon de 5 km depuis les fermes d’élevage. On s’aperçoit dans l’émission de France 3, que seul le saumon y survit, à la différence de toutes les autres espèces marines proches des bassins d’élevages. « Le traitement peut être désastreux pour tous les crustacés le long des côtes, y compris pour les crevettes, crabes, homards et langoustes », précise l’ONG.

     

    Malgré les impacts sanitaires et environnementaux du traitement au diflubenzuron des saumons d’élevage, les autorités norvégiennes poursuivent leur campagne de communication autour du saumon. Il faut dire que cette production, estimée à 1,4 millions de tonnes, constitue un marché mondial juteux pour la Norvège : 5,3 milliards d’euros. Et le monde politique a aussi ses intérêts dans cette production. La ministre de l’agriculture Lisbeth Berg-Hansen défraie la chronique depuis plusieurs mois du fait de son implication dans l’entreprise familiale de salmoniculture. Ce type de conflits d’intérêts pourraient expliquer la pression menée sur les autorités sanitaires pour permettre l’autorisation du diflubenzuron en Norvège. Les menaces sur la santé publique pèsent décidément bien peu dans la course infernale au profit.

     

    Green Warriors exige le passage des fermes piscicoles à des systèmes de confinement, ce qui résoudrait en grande partie la contamination de l’environnement, le problème des poux de mer, et supprimerait la nécessité de recourir aux pesticides. Des normes et des contrôles plus stricts concernant l’utilisant de produits chimiques dans les fermes piscicoles sont également demandés. En juin 2010, Monica Frassoni, co-présidente du groupe des Verts au Parlement européen, a suggéré un boycott du saumon d’élevage norvégien si les pratiques d’élevage n’évoluaient pas. Quelques mois après voir formulé cette menace, un autre pesticide, le teflubenzuron [7], est venu s’ajouter à la nourriture du saumon...

    Sophie Chapelle

     

    Photo : source

    Notes

    [1] La lettre de Bruno Lemaire

    [2] La lettre de Lisbeth Berg-Hansen

    [3] Lire à ce sujet Un pesticide par jour qui montre que les taux tolérés de pesticides ont été revus à la hausse par les normes européennes en 2008.

    [4] « Peer review of the pesticide risk assessment of the active substance diflubenzuron », document en anglais

    [5] « Risks of Diflubenzuron Use to Federally Threatened California Red-legged Frog », voir le rapport en anglais.

    [6] Voir la fiche Ineris

    [7] La ministre norvégienne fait valoir que le teflubenzuron a été autorisé en Irlande et en Grande-Bretagne

    En savoir plus

    Voir le rapport (en anglais) de ONG norvégienne, Green Warriors

     

    http://www.bastamag.net/article2026.html

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